Biodiversité, Haïti estime à 827,3 millions de dollars les besoins pour atteindre ses objectifs d’ici 2030

La protection de la biodiversité en Haïti nécessitera des investissements estimés à 827,3 millions de dollars américains sur la période 2026-2030. Ce montant, établi dans le cadre d’une évaluation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), met en évidence l’ampleur des ressources à mobiliser pour appliquer la stratégie nationale de conservation. À la COP17 sur la biodiversité, organisée en Arménie du 19 au 30 octobre 2026, la délégation haïtienne a fait de l’accès aux financements internationaux l’une de ses principales revendications.

CP : Xinhua / Icon Sport

Port-au-Prince, 6 novembre 2026. – Les engagements environnementaux d’Haïti se heurtent à une difficulté majeure, le manque de ressources pour les concrétiser. Malgré l’existence d’une stratégie nationale actualisée et d’un plan destiné à organiser son financement, le pays ne dispose pas encore des moyens nécessaires pour répondre à ses ambitions en matière de protection des écosystèmes.

C’est cette situation qu’Emmanuel Jean-Philippe, directeur général du ministère de l’Environnement et chef de la délégation haïtienne, a portée devant les représentants des 196 Parties à la Convention sur la diversité biologique réunis à Erevan, en Arménie. À l’occasion de la 17e Conférence des Parties (COP17), tenue autour du thème « Taking Action for Nature » (Agir pour la nature), il a demandé aux partenaires internationaux de faciliter l’accès aux ressources financières et de renforcer leur accompagnement auprès des pays qui disposent de capacités limitées.

L’évaluation menée dans le cadre de l’initiative BIOFIN du PNUD chiffre à 827,3 millions de dollars les besoins nécessaires à l’application de la stratégie haïtienne entre 2026 et 2030. Cette estimation concerne notamment les efforts de conservation, la restauration des milieux naturels et l’utilisation durable de la biodiversité. Elle donne également la mesure du défi auquel les autorités devront faire face pour traduire leurs engagements en interventions concrètes.

Haïti dispose déjà d’une Stratégie et d’un Plan d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB), structurés autour de cinq axes stratégiques et de 29 cibles. Le pays a également approuvé un Plan de financement de la biodiversité pour identifier les besoins, orienter les investissements et rechercher des sources de financement diversifiées. Mais entre la planification et l’exécution, le déficit de ressources demeure un obstacle important.

À Erevan, le représentant haïtien a particulièrement insisté sur les difficultés liées aux procédures d’accès aux financements. Il a plaidé pour des mécanismes moins contraignants, des délais d’approbation réduits et un soutien technique mieux adapté aux réalités des pays bénéficiaires. « Les mécanismes financiers doivent être conçus de manière à faciliter la mise en œuvre des actions sur le terrain, et non à en entraver la réalisation », a-t-il déclaré.

La sensibilisation, un autre défi de la politique environnementale

Pour la délégation haïtienne, les investissements ne peuvent, à eux seuls, garantir la protection de la biodiversité. Les changements dans les comportements et une participation plus importante de la population sont également nécessaires. Le pays a ainsi défendu le renforcement de l’éducation environnementale, avec une attention particulière à la sensibilisation des enfants et des jeunes.

Emmanuel Jean-Philippe a notamment appelé à associer les communautés locales, les entreprises et les organisations de la société civile aux initiatives de conservation. Selon lui, les politiques publiques risquent de produire des résultats limités si elles ne s’accompagnent pas d’une prise de conscience collective. « Sans changement durable des comportements, nos politiques et nos investissements resteront insuffisants », a-t-il souligné.

La délégation a aussi mis en avant les besoins du pays en matière de coopération scientifique et technique. Le transfert de technologies, la circulation des connaissances et les partenariats régionaux ont été présentés comme des moyens de renforcer les compétences nationales et d’améliorer les interventions destinées à préserver les écosystèmes.

Deux protocoles internationaux dans le viseur d’Haïti

Le renforcement de la protection de la biodiversité passe également par l’évolution du cadre juridique national. À la conférence, Haïti a manifesté son intérêt pour une adhésion au Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques et au Protocole de Nagoya relatif à l’accès aux ressources génétiques et au partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.

Le pays n’est actuellement Partie à aucun de ces deux instruments. Le Protocole de Cartagena vise notamment à encadrer les risques liés aux organismes vivants modifiés, tandis que celui de Nagoya établit des règles concernant l’accès aux ressources génétiques et le partage des bénéfices issus de leur utilisation.

Emmanuel Jean-Philippe a indiqué que des dispositions avaient été prises pour renforcer la législation haïtienne en matière environnementale, particulièrement en ce qui concerne la prévention des risques associés aux organismes vivants modifiés. Cette démarche devrait accompagner les intentions exprimées par le pays à l’égard des deux protocoles.

Un patrimoine naturel exposé à des pertes irréversibles

L’enjeu dépasse les engagements diplomatiques. Haïti abrite une diversité biologique remarquable, avec de nombreuses espèces endémiques du pays et de l’île d’Hispaniola. Certaines ne se trouvent nulle part ailleurs. Leur disparition représenterait une perte définitive pour le patrimoine naturel haïtien, mais également pour la biodiversité mondiale.

La COP17 a constitué une nouvelle occasion pour Haïti de présenter ses besoins et de rechercher un soutien international. Cependant, l’ampleur du financement estimé à 827,3 millions de dollars pose une question centrale. Comment le pays pourra-t-il mobiliser les ressources nécessaires pour respecter ses objectifs à l’horizon 2030 ? La réponse dépendra autant de sa capacité à obtenir des financements que de leur utilisation effective et du renforcement des institutions chargées de protéger les ressources naturelles.

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


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