Bas Delmas, Nazon, Solino en ruines : quand les séquelles de la violence effacent les souvenirs des enfants
Dans les quartiers de Bas Delmas, Nazon et Solino, les stigmates de la guerre urbaine sautent aux yeux. Murs criblés de balles, maisons calcinées, rues désertes : les affrontements entre la coalition armée Viv Ansanm et les brigades locales ont transformé ces zones densément peuplées en champs de ruines. Mais au-delà des destructions matérielles, ce sont surtout les traumatismes invisibles qui marquent les survivants, en particulier les enfants.

Des enfances volées
Port-au-Prince, 2 septembre 2025. – Marie, 32 ans, a fui Solino il y a huit mois après une nuit d’affrontements. Depuis son abri de fortune, elle raconte :
« J’ai vu des hommes armés traîner mon oncle dans la rue avant de l’abattre. Depuis, mon fils ne parle plus. Il dort sous le lit comme s’il s’y cachait encore. Même un pétard le terrorise. »
Comme son enfant, des dizaines d’autres manifestent des troubles sévères : mutisme, cauchemars, crises d’angoisse ou refus de retourner à l’école. Certains développent une agressivité soudaine, d’autres s’enferment dans une apathie totale.
Junior, 11 ans, recueilli dans un centre improvisé à Delmas, confie :
« Je ne me souviens plus d’avant. On a couru. La maison a brûlé. C’est tout. »
Une génération traumatisée
Pour le psychiatre Fritz Gérald Lafontant, ces enfants souffrent de syndromes de stress post-traumatique.
« Ils ont vu la mort, la fuite, la peur. Leur cerveau est en pleine construction, et ces expériences détruisent le sentiment de sécurité, le lien social et même la mémoire affective. Ce n’est plus une enfance, c’est une survie », explique-t-il.
Il souligne également l’absence de prise en charge psychologique :
« Il n’existe pas de système public structuré. Ces enfants sont livrés à eux-mêmes avec des souvenirs qu’ils n’ont même pas les mots pour exprimer. »
Une urgence humaine
Dans ces quartiers, les écoles ont fermé, les terrains de jeu sont envahis par la végétation et les familles vivent dans une peur constante. L’État est absent et les ONG, présentes mais limitées, ne suffisent pas à répondre à la détresse.
« Ce n’est pas seulement une urgence sécuritaire, c’est une urgence humaine, une crise de l’âme collective », alerte le Dr Lafontant. Selon lui, si rien n’est fait, ces traumatismes marqueront durablement la société haïtienne.
Aujourd’hui, à Bas Delmas, Nazon et Solino, il ne s’agit plus seulement de reconstruire les murs. Mais de sauver les vies, les esprits, et les enfances volées.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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