Après Jovenel Moïse, l’illusion brisée : comment Haïti a sombré au lieu de renaître
Dans un texte publié ce lundi 19 janvier, le journaliste et juriste Emmanuel Taulème BRINA dresse un constat sévère de l’état actuel d’Haïti. Prenant pour point de référence l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, l’auteur interroge les espoirs nourris par les opposants de l’ancien chef de l’État et met en lumière l’aggravation continue de la crise nationale depuis lors.

Port-au-Prince, 19 janvier 2026._Pour Emmanuel Taulème BRINA, la mort brutale de Jovenel Moïse devait, aux yeux de ses adversaires, mettre un terme à un cycle de blocage politique et ouvrir la voie à un apaisement national. Pendant des mois, une partie de la classe politique et de la société civile avait soutenu que le pays ne pourrait retrouver sa stabilité qu’après son départ. Pourtant, près de cinq ans plus tard, l’observation est toute autre : Haïti s’est enfoncé dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente.
Des promesses de changement vite démenties
Dans son analyse, l’auteur rappelle que les opposants de Jovenel Moïse présentaient sa gouvernance comme l’obstacle principal à la stabilité politique, à la sécurité et au dialogue national. Son départ devait permettre de restaurer la confiance, de relancer les institutions et d’engager des réformes structurantes.
Or, après l’assassinat du président, aucun plan de transition crédible et consensuel n’a émergé. L’absence d’élections, l’effondrement du Parlement et la faiblesse de l’exécutif ont créé un vide institutionnel qui, loin d’apaiser les tensions, a accentué le désordre et l’incertitude.
Un État affaibli face à la montée des gangs
Selon Emmanuel Taulème BRINA, la période post-2021 est d’abord marquée par un recul progressif de l’État face aux groupes armés. Les gangs ont étendu leur emprise sur de vastes zones de Port-au-Prince ainsi que sur des axes stratégiques du pays, paralysant l’économie, le commerce et la circulation des personnes.
Contrairement aux promesses de rétablissement de l’ordre, cette période se caractérise par :
une insécurité généralisée,
la multiplication des enlèvements,
le déplacement forcé de populations,
et l’incapacité persistante de la police à reprendre le contrôle du territoire.
Cette réalité, souligne l’auteur, confirme que la crise haïtienne ne saurait être imputée à un seul homme. Elle résulte d’un système politique fragile, gangrené par les luttes de pouvoir, l’impunité et l’absence d’une vision nationale.
Une opposition plus efficace pour renverser que pour gouverner
L’un des constats majeurs du texte réside dans le paradoxe de l’opposition politique. Les forces hostiles à Jovenel Moïse ont su afficher une cohésion relative pour contester son pouvoir. Mais une fois cet objectif atteint, les alliances circonstancielles se sont rapidement disloquées, laissant place aux rivalités personnelles et aux calculs politiques.
Cette fragmentation a alimenté une instabilité durable, tandis qu’une population déjà éprouvée s’est retrouvée sans protection ni perspectives.
Une responsabilité collective
Pour Emmanuel Taulème BRINA, il serait réducteur de faire de Jovenel Moïse l’unique responsable de l’effondrement actuel. Si sa gouvernance a suscité de nombreuses critiques, la situation présente révèle une responsabilité autrement plus large : celle d’élites politiques incapables de dépasser leurs intérêts partisans, celle d’acteurs économiques souvent silencieux, celle d’une communauté internationale aux interventions jugées incohérentes, et celle d’institutions affaiblies depuis des décennies.
Une leçon politique amère
En conclusion, l’auteur rappelle qu’abattre un dirigeant ne suffit pas à sauver un pays. Sans institutions solides, sans projet national inclusif et sans respect réel de l’État de droit, la promesse de changement demeure une illusion.
Haïti paie aujourd’hui le prix d’une croyance tenace : celle qui supposait que la chute d’un homme suffirait à relancer une nation. L’histoire récente démontre, au contraire, que le véritable combat ne vise pas une personne, mais un système profondément défaillant.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
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