Ali Khamenei est mort: Itinéraire social et politique d’un guide suprême au cœur de l’histoire iranienne
Le 28 février 2026, l’ayatollah Ali Khamenei est mort à l’âge de 86 ans lors de frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël contre des cibles stratégiques à Téhéran. Selon les autorités américaines et israéliennes, son complexe aurait été détruit au cours de l’opération. L’annonce, d’abord faite par le président américain et le Premier ministre israélien , a ensuite été confirmée par les médias d’État iraniens, qui ont décrété un deuil national.Sa disparition marque la fin d’une ère ouverte en 1989 et referme l’un des chapitres les plus structurants de la République islamique d’Iran.

1939–1962 : Origines et formation religieuse
Ali Khamenei est né le 17 juillet 1939 à Mashhad, principale ville du nord-est de l’Iran et important centre religieux en raison de la présence du mausolée de l’Imam Reza, seul Imam du chiisme duodécimain à être enterré en Iran, les autres se trouvant principalement en Irak. Il grandit dans une famille azérie, deuxième d’une fratrie de huit enfants, dans une famille pieuse son père, Seyed Javad Khamenei, était lui-même un clerc religieux réputé à Mashhad. Plusieurs de ses frères deviendront eux-mêmes clercs.
Au cours des ans, Ali Khamenei fréquente les séminaires de Mashhad puis ceux de , haut lieu du clergé chiite. Il y étudie le droit islamique, la philosophie et l’exégèse coranique. Ces années de formation façonnent un jeune religieux imprégné de tradition, mais déjà sensible aux débats politiques qui traversent le clergé iranien face à la modernisation autoritaire du régime impérial.
1963–1978 : Engagement contre le Shah
Au début des années 1960, il rejoint les cercles religieux opposés au Shah . Influencé par l’ayatollah , il participe à la diffusion de ses discours et à l’organisation de réseaux militants.
Il est arrêté à plusieurs reprises par la SAVAK, la police secrète du régime impérial. Emprisonné et placé sous surveillance, il développe un discours mêlant islam politique, justice sociale et rejet de l’influence occidentale. Cette période forge sa réputation de religieux engagé et déterminé.
1979 : La Révolution islamique
La révolution islamique de 1979 renverse la monarchie. De retour d’exil, Khomeini fonde la République islamique. Khamenei devient l’un de ses proches collaborateurs et accède rapidement à des fonctions importantes dans les nouvelles institutions révolutionnaires. Il participe au Conseil de la révolution et contribue à la structuration idéologique du nouvel État. Son ascension s’inscrit dans un contexte de recomposition radicale des élites politiques et religieuses.
1980–1981 : Guerre et tentative d’assassinat
En septembre 1980 éclate la guerre Iran-Irak. Le conflit, long et meurtrier, marque durablement la société iranienne. Khamenei joue un rôle actif dans la mobilisation politique et religieuse.
En juin 1981, il est grièvement blessé dans un attentat à la bombe à Téhéran. L’explosion lui laisse le bras droit partiellement paralysé. Cet épisode renforce son image de survivant de la révolution et consolide sa légitimité auprès des cercles conservateurs.
1981–1989 : Président sous l’ombre de Khomeini
Après l’assassinat du président Mohammad Ali Rajai, Khamenei est élu président en octobre 1981. Il exercera deux mandats consécutifs jusqu’en 1989.Durant cette période, il travaille étroitement avec le Premier ministre Mir-Hossein Mousavi dans un contexte dominé par la guerre contre l’Irak. Toutefois, le pouvoir décisionnel ultime demeure entre les mains de Khomeini, Guide suprême et autorité incontestée.Cette expérience présidentielle lui permet d’acquérir une connaissance approfondie des rouages de l’État tout en consolidant ses réseaux politiques.
1989 : Accession au poste de Guide suprême
À la mort de Khomeini en juin 1989, l’assemblée des experts désigne Ali Khamenei comme nouveau Guide suprême. Bien qu’il ne possède pas initialement le rang religieux le plus élevé, la constitution est amendée pour permettre sa nomination.En tant que Guide suprême, il devient la plus haute autorité politique et religieuse du pays : commandement des forces armées, nomination des responsables du pouvoir judiciaire et des médias d’État, influence déterminante sur la politique étrangère et les grandes orientations nationales.
Cette transition marque le début d’un leadership appelé à durer près de quatre décennies.
Années 1990 : consolidation du pouvoir
Durant les années 1990, Khamenei consolide son autorité. Il élargit leur influence politique et économique dans la region.
Face aux réformes proposées par le président , Khamenei adopte une ligne conservatrice. Les tentatives d’ouverture politique et médiatique sont encadrées, parfois freinées, au nom de la stabilité du régime et de la préservation des principes révolutionnaires.
Années 2000 : Crise interne et tensions nucléaires
Sous son autorité, le programme nucléaire iranien se développe, suscitant des tensions croissantes avec les États-Unis et l’Europe.
En 2009, la réélection contestée du président provoque le « Mouvement vert ». Des manifestations massives dénoncent des fraudes électorales. Khamenei soutient les résultats officiels et autorise une répression ferme des protestations, marquant un tournant dans la relation entre le pouvoir et une partie de la société urbaine.
Années 2010 : Accord nucléaire et rivalités régionales
En 2015, l’Iran signe le Plan d’action global commun (JCPOA). Khamenei autorise les négociations tout en exprimant une profonde méfiance envers Washington. Après le retrait américain de l’accord en 2018, les sanctions économiques s’intensifient.
Parallèlement, l’Iran renforce son influence régionale en soutenant des acteurs alliés, notamment au Liban et divers groupes armés en Irak, en Syrie et au Yémen. Cette stratégie vise à consolider un axe d’influence face à Israël et aux monarchies du Golfe.
Années 2020 : Contestations internes et pressions extérieures
Les années 2020 sont marquées par des difficultés économiques, des sanctions accrues et des vagues de manifestations. En 2022, la mort de Mahsa Amini déclenche une contestation d’ampleur nationale. Les autorités répriment les protestations, tandis que Khamenei réaffirme la primauté du système islamique.
Malgré des rumeurs récurrentes sur son état de santé, il demeure au centre du pouvoir, arbitrant les équilibres internes entre conservateurs, pragmatiques et appareils sécuritaires.
2026 : Mort et escalade régionale
La mort de Khamenei, lors de frappes américano-israéliennes visant des infrastructures stratégiques, intervient dans un contexte d’escalade majeure. Les frappes avaient pour objectif affiché de freiner le programme nucléaire iranien et ses capacités balistiques.
En représailles, l’Iran lance des missiles et mène des attaques contre Israël et des bases américaines dans plusieurs pays du Golfe, déclenchant une phase aiguë de tensions régionales.Son décès ouvre une période d’incertitude. La succession doit être organisée par l’Assemblée des experts, mais dans un contexte de conflit ouvert et de pressions internationales accrues.
Héritage historique
Ali Khamenei a dirigé l’Iran pendant près de 37 ans en tant que Guide suprême. Son leadership se caractérise par :La centralisation du pouvoir autour de l’institution du guide; le renforcement du rôle politico-économique des Gardiens de la révolution; une posture résolument critique envers les États-Unis et Israël et la volonté constante de préserver le système issu de 1979.
Figure centrale du Moyen-Orient contemporain, il a incarné la continuité de la République islamique depuis l’ère révolutionnaire jusqu’aux défis géopolitiques du XXIe siècle. Sa mort, dans un contexte de confrontation militaire directe, scelle symboliquement une période de l’histoire iranienne dont les conséquences continueront de façonner la région pour les années à venir.
Judelor Louis Charles
Avec AFP et Reuters
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
