Haïti : le pasteur Ernest Jean dénonce une justice à deux vitesses face aux gangs et aux crimes financiers
Le pasteur Ernest Jean dénonce ce qu’il considère comme une justice à deux vitesses en Haïti, où les chefs de gangs armés opérant dans les quartiers populaires seraient plus exposés aux interventions des autorités que les personnalités influentes accusées de corruption et de détournement de fonds publics. Dans une prise de position intitulée « Ayiti pa dwe gen de kalite jistis ! », il appelle l’État à appliquer les mêmes exigences judiciaires à tous les présumés criminels, indépendamment de leur statut social ou de leur pouvoir.

Le religieux affirme ne pas s’opposer à la destruction des biens acquis grâce aux activités criminelles. Il estime notamment qu’une maison construite avec l’argent des enlèvements, des pillages et des souffrances de la population ne devrait bénéficier d’aucune protection. Toutefois, il s’interroge sur ce qu’il présente comme une différence de traitement entre les chefs de gangs armés des quartiers populaires et les personnalités en costume et cravate soupçonnées de participer à des réseaux de corruption.
Dans son argumentaire, Ernest Jean attire l’attention sur les responsables et les personnalités sanctionnés par des instances internationales pour leur implication présumée dans des actes de corruption, mais qui, selon lui, continuent de mener une vie confortable sans avoir à répondre de leurs actes devant la justice haïtienne. Il s’inquiète également de la possibilité que certains d’entre eux puissent participer à de futures élections.
« Èske sa vle di ou ka yon gang, depi ou pa gang ak sapat ? », s’interroge-t-il, dénonçant les protections que pourraient offrir le statut social, les fonctions officielles et les relations politiques à certains individus accusés de crimes économiques.
Le pasteur précise qu’il ne défend aucun groupe criminel, qu’il s’agisse des gangs armés opérant dans les quartiers populaires ou de ceux qu’il désigne comme des « gangs en veste et cravate ». Il réclame plutôt une application égale de la loi et estime que les biens issus du détournement de fonds publics, du vol et de l’exploitation de la population doivent également faire l’objet de poursuites et de mesures judiciaires.
Pour Ernest Jean, la lutte contre l’insécurité et la criminalité ne peut se limiter aux interventions contre les groupes armés. Elle doit également viser les personnes impliquées dans la prédation des ressources publiques, dont les conséquences affectent directement les services essentiels, notamment la santé, l’éducation et les infrastructures.
Dans sa conclusion, le religieux appelle la population à faire preuve de discernement dans le choix de ses dirigeants. Il s’appuie sur le livre des Proverbes, au chapitre 29, verset 2, pour rappeler que la qualité des dirigeants influence directement le bien-être d’un peuple. Il estime que le pays ne pourra engager une véritable reconstruction sans des responsables attachés à l’intégrité, à la justice et au respect de la population.
Cette prise de position remet ainsi au centre du débat la question de l’égalité devant la loi et de la responsabilité des personnalités politiques et économiques dans un pays confronté à la fois à l’insécurité armée et à une profonde crise de gouvernance.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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