Haïti-Sécurité : Le départ de Muscadin ravive les inquiétudes dans le Grand Sud

La démission de Me Jean Ernest Muscadin du parquet de Miragoâne, officiellement acceptée le 6 novembre 2026, suscite des préoccupations dans les départements des Nippes, du Sud, du Sud-Est et de la Grand’Anse. Alors que les groupes armés étendent leur influence dans plusieurs régions du pays, son départ relance les interrogations sur la capacité des autorités à prévenir une éventuelle détérioration de la situation sécuritaire dans le Grand Sud.

Jérémie, le 7 novembre 2026. Ancien commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Miragoâne, Jean Ernest Muscadin était considéré par une partie de la population comme un acteur important de la lutte contre la criminalité dans les Nippes. Ses méthodes ont toutefois suscité de vives critiques, notamment concernant le respect des droits humains et des procédures judiciaires.

Désormais candidat à la présidence sous la bannière du parti Fòs Chanjman Nasyonal (FCN), il quitte ses fonctions judiciaires pour se consacrer à la politique. Afin d’assurer la continuité du fonctionnement du parquet, le ministère de la Justice a désigné Me Accel Trofort comme commissaire du gouvernement par intérim. Cette nomination intervient dans un contexte où les préoccupations sécuritaires restent particulièrement fortes dans les départements méridionaux.

Dans le Grand Sud, plusieurs habitants redoutent que les groupes armés profitent d’éventuelles faiblesses institutionnelles pour étendre leurs activités. La progression de la coalition Viv Ansanm vers les régions méridionales constitue notamment une source d’inquiétude. Pour certains citoyens, les autorités doivent privilégier l’anticipation plutôt que d’attendre une implantation des gangs dans de nouvelles communes.

« Nous ne voulons pas attendre que les gangs arrivent dans nos villes pour commencer à prendre des mesures. La prévention doit être une priorité », affirme Jean Garry, praticien du droit dans la Grand’Anse.

Les conséquences d’une éventuelle détérioration de la situation ne seraient pas uniquement sécuritaires. Les acteurs économiques redoutent des perturbations dans le transport des marchandises, la circulation des personnes et les activités commerciales. Dans le secteur éducatif, les craintes portent notamment sur de possibles fermetures d’établissements scolaires et l’aggravation des difficultés auxquelles les jeunes sont déjà confrontés.

« Les entrepreneurs travaillent déjà dans des conditions difficiles. Si les gangs arrivent à étendre leurs activités jusque dans nos communes, ce sont les marchés, les transports et toute l’économie locale qui seront paralysés », prévient Jacques Ricardo, entrepreneur dans le Sud.

Le départ de Muscadin relance également le débat sur les méthodes employées dans la lutte contre la criminalité et le respect de l’État de droit. Dans son rapport S/2025/356, publié en juin 2025, le Groupe d’experts des Nations unies lui attribue au moins 42 exécutions extrajudiciaires présumées depuis 2022, dont six entre octobre et décembre 2024. Ces accusations mettent en évidence les enjeux liés à la responsabilité des autorités judiciaires et à la nécessité de combattre la criminalité dans le respect des droits fondamentaux.

Me Accel Trofort devra désormais assurer la continuité de l’action du parquet, notamment en matière de poursuites judiciaires et de coopération avec la Police nationale d’Haïti (PNH). Le renforcement des enquêtes, la prévention des actes criminels et la lutte contre l’impunité figurent parmi les attentes exprimées par les citoyens. Pour plusieurs observateurs de la région, la protection de la population ne peut reposer sur l’action d’un seul responsable, mais nécessite des institutions solides, une police efficace et une justice indépendante.

Avocats, entrepreneurs, enseignants et citoyens attendent ainsi des autorités une stratégie sécuritaire durable, capable de protéger les populations et de prévenir l’expansion des groupes armés. Dans un contexte national marqué par une grave crise sécuritaire, le Grand Sud redoute de subir à son tour les conséquences d’une nouvelle progression de la violence.

Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)


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