Les chefs de gang aussi sont mortels

« Un chef de gang en moins. » En six mots publiés sur X, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a salué vendredi la mort d’un caïd, sans le nommer. L’homme qui a succombé à ses blessures, ce 6 novembre, s’appelait Mathias Saintil. Il commandait le gang de Boston, à Cité Soleil. La veille au soir, une frappe de drone l’avait atteint dans le quartier même où il imposait sa loi. C’est là que réside la portée de cette opération : son propre fief ne l’a pas protégé.

Port-au-Prince, 6 novembre 2026.- On comprend le soulagement exprimé par des citoyens à l’annonce de sa mort. Trop souvent, les comptes rendus d’opérations ont suivi le même scénario : des hommes de main tombent, le chef s’échappe. En novembre 2024, au Bas-Delmas, la police rapportait que Jimmy Chérizier, dit Barbecue, avait pris la fuite en abandonnant son fusil, tandis que plusieurs de ses hommes avaient été tués. Pour les habitants qui devaient encore vivre sous sa menace le lendemain, que valait ce bilan ?

Mathias n’est certes pas le premier caïd à tomber sous les coups des forces de l’ordre. En février 2021, la police avait abattu Arnel Joseph à L’Estère, au lendemain de son évasion. Mais il y a une différence entre intercepter un fugitif et atteindre, à Boston, celui qui y commande. Un chef de gang tire une part de son pouvoir de la conviction qu’il inspire aux autres : il peut vous atteindre, où que vous soyez ; vous, en revanche, ne pouvez rien contre lui. La mort de Mathias ouvre une brèche dans cette certitude.

La peur change-t-elle de camp ? Il serait prématuré de l’affirmer. Mais on comprend pourquoi des citoyens demandent déjà qui sera le prochain. Derrière cette question, il faut entendre ce que les bilans officiels disent rarement : pour qui vit sous la coupe d’un gang, l’enjeu est de pouvoir rentrer chez soi, ouvrir son commerce ou envoyer son enfant à l’école sans dépendre du bon vouloir d’un homme armé.

Le Premier ministre a compté un chef de gang en moins. Aux habitants de Boston, l’État doit désormais pouvoir dire ce qu’ils auront en plus : des policiers qui restent sur place, une rue qu’on peut emprunter sans crainte, la certitude qu’un lieutenant ne viendra pas demain prendre la place du chef. Mathias est tombé. C’est le jour où personne ne pourra reprendre son quartier en otage qu’on pourra dire, enfin, que la peur a changé de camp.

Vant Bef Info (VBI)


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