Haïti : quand la Force de suppression des gangs (GSF) se fait supprimer par les gangs
Port-au-Prince, 24 octobre 2026–Quatre militaires salvadoriens intégrés à la Force de répression des gangs (FRG) ont disparu après une attaque contre leur véhicule blindé à Santo, le dimanche 18 octobre 2026, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Ils en sont sortis avant que le véhicule ne prenne feu, mais leur sort reste inconnu depuis ce jour. En effet, l’armée salvadorienne a reconnu avoir perdu le contact avec quatre de ses soldats déployés en Haïti dans le cadre de la force internationale. De plus, des hélicoptères mobilisés pour les recherches ont également essuyé des tirs le même jour.

Trois jours plus tard, le président salvadorien Nayib Bukele a annoncé une opération militaire pour retrouver ses compatriotes, avertissant qu’une riposte plus importante suivrait s’ils n’étaient pas libérés sains et saufs. Dans la foulée, des renforts salvadoriens sont arrivés en Haïti et cela a encore été le cas hier, où l’on a observé sur le tarmac de l’aéroport international Toussaint Louverture des avions militaires venus apporter des matériels pour la force internationale en Haïti. Selon Le Nouvelliste, 450 militaires salvadoriens étaient présents dans le pays au 23 octobre. Ainsi, cette mobilisation témoigne de l’importance de l’affaire pour San Salvador, sans garantir que les soldats seront retrouvés vivants après ce déploiement.
Autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 2025, la FRG a succédé à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya. Son mandat prévoit notamment d’appuyer la Police nationale d’Haïti (PNH) dans la lutte contre les groupes armés. Cependant, avec un effectif autorisé de 5 500 membres en uniforme, la force peine à se déployer. Selon les informations disponibles, moins de la moitié des effectifs attendus étaient présents en Haïti. Pendant ce temps, les gangs en profitent : ils maintiennent leur emprise sur plusieurs territoires et résistent aux opérations des forces de sécurité, qui paraissent parfois impuissantes face à leur puissance de feu.
Par ailleurs, les opérations menées après l’attaque ont provoqué de nouveaux affrontements, au cours desquels des membres de gangs ont été tués ou blessés. Des membres du personnel de la force ont aussi été blessés. Toutefois, aucune arrestation des principaux chefs de gangs liés à l’épisode n’a été confirmée.
Dans ces conditions, l’attaque met en évidence les difficultés opérationnelles de la FRG, notamment sa capacité à anticiper les embuscades et à sécuriser ses déplacements dans les zones contrôlées par les groupes armés. Elle soulève également la question des moyens nécessaires pour transformer le déploiement international en avancées durables. En effet, l’augmentation des effectifs ne garantit pas, à elle seule, une meilleure maîtrise du territoire.
Pour les habitants, qui subissent les violences depuis des années, l’enjeu dépasse toutefois la recherche des militaires salvadoriens. Ils attendent des résultats concrets, notamment la reprise des zones contrôlées par les gangs, l’arrestation de leurs principaux responsables et le rétablissement de la sécurité. Or, ces objectifs restent difficiles à atteindre tant que les groupes armés peuvent attaquer les forces déployées.
Ainsi, à Santo, la disparition des quatre soldats constitue un test important pour la FRG. Sa capacité à les retrouver, à établir les responsabilités et à améliorer la sécurité dans la zone permettra de mesurer la portée de son intervention. Pour l’heure, les renforts annoncés contrastent avec l’absence de résultats confirmés.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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