Kenscoff : le drap blanc devient plus urgent que les livres scolaires
À quelques jours de la rentrée scolaire, Kenscoff rappelle une terrible réalité : en Haïti, certaines familles pensent davantage aux funérailles qu’aux fournitures scolaires.

Kenscoff, 27 août 2026.- La nuit nuit du 23 au 24 août restera gravée dans la mémoire de Kenscoff. Une nouvelle attaque sanglante a frappé la communauté. Des vies ont été fauchées. Des maisons ont été incendiées. Des proches ont disparu.
Selon les Nations unies, au moins 47 personnes ont été tuées et 22 autres blessées. Plus de 50 personnes sont également portées disparues ou signalées comme enlevées. Des enfants figurent parmi les victimes.
Derrière ces chiffres, il y a des familles brisées.
Des parents attendent encore un fils ou une fille. Des proches cherchent désespérément des nouvelles. D’autres doivent déjà penser à identifier un corps et à préparer des funérailles.
Pendant ce temps, la rentrée scolaire approche.
Normalement, les parents devraient courir après les livres, les cahiers, les uniformes et les chaussures. Ils devraient discuter des enseignants et des nouvelles classes. Ils devraient préparer leurs enfants à reprendre le chemin de l’école.
À Kenscoff, pour certaines familles, les priorités sont désormais différentes.
Il faut retrouver un proche. Identifier un corps. Organiser des obsèques. Consoler un enfant traumatisé. Puis tenter de reprendre une vie devenue méconnaissable.
Le drap blanc pour envelopper les morts semble aujourd’hui plus urgent que les livres scolaires.
Cette phrase résume à elle seule l’ampleur du drame.
Un livre scolaire représente l’avenir. Un drap blanc représente une vie perdue. Lorsque le drap blanc devient plus urgent que le livre, c’est que la violence menace directement l’avenir d’une génération.
Quand l’école doit céder sa place aux funérailles
Que devient l’avenir d’un enfant lorsqu’il apprend à reconnaître le bruit des armes avant même de pouvoir rêver de son futur métier ?
Que devient une famille lorsqu’elle abandonne la préparation de la rentrée pour préparer les funérailles d’un proche ?
Ces questions dépassent Kenscoff.
Elles concernent une société dans laquelle l’insécurité bouleverse les priorités les plus élémentaires. Elle ne menace pas seulement les vies. Elle perturbe aussi l’éducation, détruit les projets et vole aux enfants une partie de leur enfance.
Chaque personne tuée avait une famille. Des responsabilités. Des projets. Des rêves.
Chaque enfant exposé à la violence porte également une blessure qui ne se voit pas toujours.
Kenscoff réclame plus que des chiffres
La population ne peut pas se contenter de compter ses morts.
Les familles ont besoin d’être entendues et accompagnées. Elles ont besoin de justice. Elles ont surtout besoin de sécurité.
Les enfants doivent pouvoir retourner à l’école sans craindre une nouvelle attaque.
Haïti mérite un autre quotidien.
Un pays où les parents se demandent comment payer les frais scolaires plutôt que comment payer des funérailles.
Un pays où les enfants portent des sacs remplis de livres plutôt que des souvenirs de violence.
Un pays où les enseignants préparent leurs cours pendant que les familles préparent la rentrée, et non des cérémonies funèbres.
Car un pays ne construit pas son avenir avec des draps pour couvrir ses morts.
Il le construit en protégeant ses citoyens, en sécurisant ses communautés et en permettant à ses enfants d’apprendre, de grandir et de rêver.
À Kenscoff, comme dans tant d’autres régions d’Haïti, le souhait le plus simple devrait pourtant être le plus fondamental : que les enfants puissent reprendre le chemin de l’école sans peur et que les familles n’aient plus à préparer le chemin vers le cimetière.
Emmanuel Joseph
Vant Bèf Info (VBI)
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