Haiti-Traversée gratuite vers le Sud : un voyage au prix de la dignité
Privés depuis cinq ans de l’accès routier par la Nationale #2, bloquée par des gangs armés, des dizaines d’Haïtiens n’ont d’autre choix que de s’entasser chaque jour sur les quais de l’Autorité Portuaire Nationale (APN). Leur objectif : embarquer clandestinement sur des navires commerciaux transportant marchandises et véhicules, pour rejoindre Miragoâne, Jérémie, Petit-Goâve ou Les Cayes.
Port-au-Prince, 16 juillet 2026 –
La traversée est gratuite pour les passagers, mais les conditions sont indignes. Hommes, femmes et enfants voyagent au milieu de sacs de riz, barils d’huile, planches de bois, ciments et motocyclettes. Le départ s’effectue généralement en fin d’après-midi, et l’arrivée se fait tard dans la nuit ou au petit matin. Une fois débarqués, les voyageurs poursuivent leur route à moto ou en transport en commun.
Une alternative risquée mais incontournable
Pour beaucoup, ce périple maritime est la seule option. La menace des gangs rend la route impraticable, et les traversées privées coûtent trop cher. « Je n’ai pas le choix », confie une mère de trois enfants rencontrée par Vant Bèf Info , obligée de se rendre à Miragoâne pour des raisons familiales.
Dans le sens inverse, les voyageurs du Sud vers l’Ouest subissent le même calvaire. Ils attendent patiemment que les marchandises soient embarquées avant de pouvoir prendre place à bord sous des containers et d’autres poids lourds.
Un commerce parallèle qui prospère
Le blocage routier profite à un trafic maritime juteux : un véhicule léger paie 600 dollars US, un camion chargé jusqu’à 3 000. Des opérateurs étrangers supervisent les cargaisons et le carburant, pendant que le commerce entre l’Ouest et le Sud est paralysé. Résultat : les produits de première nécessité ne circulent plus, et la dépendance vis-à-vis des exportations voisines s’aggrave. Dominicains, Syriens et autres orchestrent les manœuvres sur les bateaux, supervisant carburant et cargaisons.
Silence des autorités, indignation des citoyens
Au cœur de la capitale, ce spectacle se déroule sous les yeux d’un gouvernement accusé de passivité. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé multiplie colloques et sommets sur le tourisme et l’investissement, tandis que la population peine à se déplacer en sécurité.
Le retour de l’ancien député Patrick Norzeüs à la tête du SEMANAH après 22 ans de service nourrit l’espoir de réformes. Mais pour l’heure, Haïti reste le seul pays de la région où des citoyens voyagent dans des conditions aussi dégradantes.
Le Sud est aujourd’hui bloqué : ses plages désertées, ses marchés paralysés, ses routes impraticables. Le commerce est à l’arrêt, les produits de première nécessité ne passent plus, et la population est contrainte à l’humiliation de voyages maritimes improvisés.
Ce blocage prive Haïti de l’une de ses régions les plus vitales, riche en ressources, en tourisme et en culture. Tant que l’État détournera le regard, le Sud restera une île dans l’île, isolée, étouffée, et privée de son avenir.
La question demeure : jusqu’à quand faudra-t-il attendre le déblocage de ces axes stratégiques ?
Uguenson Auguste
Vant Bef Info (VBI)
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