Haïti : la justice militaire au centre des débats après la dégradation de deux soldats

Accusés de vol en service, deux soldats des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) ont été publiquement dégradés puis révoqués ce vendredi à la base de Vertières, à Tabarre. Si les autorités défendent une mesure exemplaire, plusieurs voix s’interrogent sur le respect des procédures prévues par la justice militaire.

TABARRE, 5 juin 2026 – Une cérémonie officielle organisée à la base de Vertières a marqué, ce vendredi, la dégradation et la révocation de deux soldats des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), accusés de vol alors qu’ils étaient en service.

La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Défense, Mario Andrésol. Selon les autorités, les deux militaires auraient intercepté un camion de marchandises en difficulté lors d’une patrouille. Ils auraient ensuite exercé des pressions sur les occupants avant de repartir avec quatre sacs de sucre.

Le ministère de la Défense affirme qu’une enquête interne a été menée. Une plainte formelle aurait également été déposée. Sans préciser où. Ces éléments ont conduit à leur révocation immédiate, poursuit le ministère.

Pour Mario Andrésol, cette décision vise à préserver la discipline et l’exemplarité au sein de l’institution militaire, encore en phase de consolidation.

Une procédure qui suscite des interrogations

Toutefois, au-delà des faits reprochés aux deux soldats, c’est surtout la forme de la sanction qui alimente les débats.

Dans une intervention accordée à la rédaction de Vant Bèf Info, l’ancien officier Hummler Rebu a remis au centre des discussions la question du respect des règles de la justice militaire.

Selon le colonel à la retraite, le retrait des insignes et la radiation des rangs, particulièrement lorsqu’ils sont effectués publiquement, devraient intervenir uniquement après l’application complète des procédures prévues par le droit militaire.

« Avant toute sanction définitive, il faut une enquête complète et un passage devant une juridiction militaire compétente. Sans cela, on s’expose à une décision qui peut être perçue comme précipitée », a-t-il déclaré.

Pour lui, le respect du cadre légal demeure essentiel dans une institution militaire en reconstruction.

Le rôle central de la cour martiale

Hummler Rebu insiste également sur ce qu’il considère comme un principe fondamental : la compétence exclusive des juridictions militaires dans les affaires impliquant des soldats en service actif.

À ses yeux, ce type de dossier devrait relever d’un tribunal militaire ou d’une cour martiale plutôt que d’une simple décision administrative.

L’ancien officier rappelle que les sanctions les plus sévères, notamment la révocation, doivent normalement être précédées d’une procédure contradictoire et d’un jugement formel.

« Une cour martiale est précisément prévue pour traiter ce type de cas. Elle permet d’établir les responsabilités et d’appliquer des peines proportionnées », souligne-t-il.

Selon lui, ces garanties sont indispensables afin d’éviter toute dérive disciplinaire.

Un enjeu de crédibilité pour les FAD’H

Au-delà du cas des deux militaires concernés, Hummler Rebu estime que cette affaire soulève une question plus large : celle de la crédibilité des Forces Armées d’Haïti.

Il pointe notamment l’absence de clarification sur le cadre juridique actuellement en vigueur. Entre les anciennes dispositions militaires et d’éventuels nouveaux textes, une zone d’incertitude persisterait, selon lui.

L’ancien colonel plaide ainsi pour le renforcement d’une structure judiciaire militaire pleinement fonctionnelle. Celle-ci devrait comprendre une commission d’enquête ainsi qu’un tribunal permanent capable de traiter les infractions disciplinaires avec rigueur et impartialité.

Il rappelle enfin que le droit militaire prévoit une gradation des sanctions pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. Toutefois, ces peines ne peuvent être prononcées qu’à l’issue d’une procédure légale clairement établie.

Dans ce dossier, la question ne porte donc plus uniquement sur la faute reprochée aux deux soldats. Désormais, le débat se concentre également sur le respect des procédures disciplinaires et sur la place de la justice militaire au sein des FAD’H.

Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)


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