ULCC : 114 rapports d’enquête, seulement 2 condamnations en vingt et un ans

Haïti fait encore face à un paradoxe inquiétant. L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a produit 114 rapports d’enquête entre 2004 et décembre 2025. Cependant, la justice n’a prononcé que deux condamnations. Cette situation relance le débat sur l’inefficacité du système judiciaire et sur l’incapacité de l’État à sanctionner les actes de corruption.

Port-au-Prince, le 11 décembre 2025. – L’ULCC a transmis à la justice haïtienne 114 rapports d’enquête portant sur des faits de corruption depuis 2004. L’institution souligne qu’elle a produit 68 de ces rapports sous l’administration de l’actuel directeur général, Me Hans Jacques Ludwig Joseph. Celui-ci affirme avoir fait sa part. Pourtant, la justice affiche un bilan presque vide.

La justice haïtienne n’a, en effet, prononcé que deux condamnations liées à ces rapports. La première remonte à 2012 : le tribunal avait sanctionné l’ancien directeur général de l’OAVCT, Édrick Léandre. Le tribunal criminel, siégeant sans assistance de jury, l’avait condamné le 10 décembre 2015 pour corruption, prévarication et détournement de fonds publics. Il devait restituer à l’État haïtien environ 17 425 187 gourdes, payer une amende d’un million de gourdes, et était privé de ses droits civils, politiques et familiaux pendant trois ans.

La seconde condamnation concerne Roudel Ducherne, jugé à Hinche en 2024. Cet ancien inspecteur à la Direction générale des Impôts (DGI) a été condamné à quatre ans de prison pour détournement de biens publics. Il a également été sommé de restituer les sommes indûment perçues.

Le contraste entre le nombre d’enquêtes et celui des condamnations soulève une question centrale : le système judiciaire lutte-t-il réellement contre la corruption ? L’État multiplie les discours, mais la justice ne transforme presque jamais ces dossiers en décisions concrètes. La population observe ce décalage et constate la progression de l’impunité.

Ce dysfonctionnement alimente un climat de méfiance. Les jeunes voient que les auteurs d’actes répréhensibles échappent aux sanctions. Les partenaires internationaux, eux aussi, réclament des résultats tangibles.

Haïti affirme vouloir lutter contre la corruption. Pourtant, la justice ne transforme pas les rapports d’enquête en condamnations. L’ULCC produit des dossiers ; les tribunaux les traitent rarement. Le pays doit donc répondre à une question simple : à quoi peut-on s’attendre d’une lutte anticorruption sans condamnations ?

Jean Allens Macajoux
Vant Bèf Info (VBI)


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