Cinq policiers enterrés en 24 heures, symbole d’un État incapable de protéger ses propres forces

En l’espace de vingt-quatre heures, la Police nationale d’Haïti (PNH) a rendu hommage à cinq de ses membres tombés dans des circonstances tragiques, illustrant la gravité de la crise sécuritaire. Les cérémonies, organisées à Pétion-Ville et Cap-Haïtien, ont mis en lumière la douleur d’une institution endeuillée et le désarroi qui gagne ses rangs.

Port-au-Prince, 7 septembre 2025. – Le samedi 6 septembre, l’amphithéâtre de l’École nationale de Police a accueilli les cercueils de Samuel Lissade et Bisson Jean, alias « Porky », du SWAT, morts le 19 août dans l’explosion d’un drone à Kenscoff lors d’une opération de la Task Force contre les gangs. À leurs côtés, des cercueils symboliques rendaient hommage à Jean Guerby Toussaint et Max Youri Saint-Rose, agents de la BOID, également tués à Kenscoff par le groupe armé « Viv Ansanm ».

La veille, vendredi 5 septembre, l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville a été le théâtre des obsèques de Pierre Juste Villard, du CIMO, assassiné à Cap-Haïtien alors qu’il était en détachement auprès du directeur général de l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA). Des policiers proches de la victime ont manifesté spontanément jusqu’au siège de l’ONA, exigeant justice et des réponses claires.

Une institution assiégée, un pouvoir silencieux

Ces drames, morts en mission, assassinats internes, attaques de drones et incursions de gangs, montrent une PNH à bout de souffle, livrée à elle-même dans un pays en proie à l’insécurité chronique. Le silence des autorités politiques, notamment l’absence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, interroge sur l’attention portée aux forces de l’ordre. Le directeur général a.i. de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, était présent, mais sa présence institutionnelle peine à apaiser la colère exprimée par les policiers dans les rues.

Qui protège ceux qui protègent ?

Au-delà des hommages, la question demeure : qui assure la protection des policiers en Haïti ? Entre attaques de gangs et incidents internes, l’édifice sécuritaire de l’État vacille. L’enterrement de ces cinq agents révèle un constat brutal : le pouvoir haïtien ne garantit plus la sécurité de ceux chargés de protéger la population. Cette réalité risque d’aggraver la crise de confiance entre citoyens, institutions et forces de l’ordre.

En 24 heures, cinq cercueils ont été portés en terre. Ce drame humain met en lumière la fragilité d’un État confronté à ses propres limites.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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