Examens de 9e AF  : des élèves éprouvés avant l’heure

Malgré l’insécurité persistante et les perturbations de l’année scolaire, des milliers d’élèves ont entamé ce lundi 30 juin 2025 les examens officiels de la 9e année fondamentale.

À Pétion-Ville et Delmas, des centaines de candidats venus de zones fortement exposées à la violence telles que: Croix-des-Bouquets, la plaine du Cul-de-Sac, Ganthier, Saut-d’Eau, ou encore certaines parties de Kenscoff ont dû surmonter de nombreux obstacles pour accéder aux salles d’examen. Entre trajets périlleux, hébergement improvisé et soutien familial limité, ces jeunes font face à bien plus qu’un simple test scolaire.

Un parcours semé d’embûches

Delmas, le 30 juin 2025 — Privés d’écoles fonctionnelles dans leurs quartiers, ces élèves ont été redirigés vers des centres jugés plus sûrs. Mais cette solution d’urgence a un coût humain élevé : longues distances à parcourir, trajets coûteux et parfois dangereux, fatigue chronique, et une insécurité omniprésente. Certains n’ont d’autre choix que de passer la semaine chez des proches.

 « Je n’ai pas les moyens de faire l’aller-retour chaque jour. J’ai apporté de quoi dormir ici pendant les quatre jours d’examen », confie une élève venue de Croix-des-Bouquets.

 « Ce matin, je suis arrivée en retard à cause des barrages et de l’embouteillage. Mais grâce à Dieu, j’ai pu composer », témoigne une autre, visiblement épuisée.

Des familles qui s’adaptent tant bien que mal

D’autres familles, un peu mieux préparées, tentent de s’organiser. Moto-taxis loués à la semaine, repas faits maison, parents qui campent devant les centres d’examen pour soutenir leurs enfants : chacun fait ce qu’il peut.

 « Le transport est trop cher. Alors je reste ici toute la journée, j’attends mes enfants et je leur apporte à manger », explique une mère, assise à l’ombre d’un manguier, un sac plastique à ses pieds.

Une économie informelle elle aussi en crise

Aux abords des centres d’examen, l’ambiance est morose. Les petits marchands, qui espéraient une affluence propice aux ventes, déplorent l’absence de clients.

 « Pas de vente aujourd’hui. Les élèves viennent de trop loin, ils n’ont pas d’argent. Et la plupart sont avec leurs parents, qui ont apporté leur nourriture », se plaint une vendeuse, visiblement découragée.

Une logistique révélatrice d’un système en crise

Face à la situation, les autorités ont été contraintes de relocaliser de nombreux candidats : ceux de Croix-des-Bouquets composent à Tabarre, ceux de Ganthier à Fonds-Parisien, et certains élèves de Port-au-Prince ou de Saut-d’Eau ont été accueillis à Delmas. Une logistique complexe qui illustre l’état critique du système éducatif haïtien, où de nombreux établissements sont désormais fermés ou occupés par des groupes armés.

 « L’État doit reprendre ses responsabilités. Nos enfants ne devraient pas risquer leur vie pour aller passer un examen », s’indigne un père, le regard figé sur les murs décrépis d’une école transformée en refuge temporaire.

Un système qui tient grâce à la résilience

Selon le MENFP, cette première journée d’examen s’est déroulée sans incident majeur  une “réussite”, selon le ministère. Mais derrière cette apparente normalité se cache une réalité plus cruelle : une éducation qui survit tant bien que mal, portée par l’abnégation des élèves, le dévouement des enseignants et la résilience inlassable des familles.

Plus de 187 000 élèves sont appelés à participer aux examens de 9e année à travers le pays, dont plus de 71 000 dans le département de l’Ouest. Ce lundi, les candidats ont affronté les deux premières épreuves : Communication créole et Éducation physique et sportive (EPS). Une session cruciale, marquée autant par les efforts de résilience que par les dures réalités d’un pays où étudier est devenu, chaque jour, un acte de bravoure.

Mederson Alcindor

Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.