18 novembre : quand le rêve de football se heurte au naufrage national

Par Wandy CHARLES

Ce 18 novembre pourrait, une fois encore, inscrire Haïti dans l’histoire. Jour de la grande victoire de nos aïeux et aïeules lors de la bataille de Vertières, les Grenadiers jouent leur dernier match dernier match de qualification de la phase de poule des éliminatoires zone Concacaf du Mondial 2026, une rencontre décisive qui pourrait offrir au pays un souffle d’orgueil, une parenthèse de lumière dans un horizon de ténèbres. Mais même en cas d’exploit ce soir, même si la victoire embrase les statistiques et renverse les pronostics, la célébration ne saurait être grandiose. Elle ne s’élèvera ni à la hauteur de l’espérance populaire ni à la dignité du mérite sportif.

Car une large portion du territoire demeure sous la férule de groupes armés qui dictent leur loi avec une arrogance froide. Des zones entières sont infranchissables, annexées par l’illégalité et réduites au silence par la puissance des fusils. Le bruit des armes crépite là où, jadis, le son des vaccins et le battement des tambours auraient dû envahir les rues, comme lors de chaque victoire mémorable de la sélection nationale ou de ces soirées de liesse où l’Argentine ou le Brésil faisait chavirer les foules haïtiennes.

Le peuple, lui, porte en lui une soif inextinguible : soif de victoire, certes, mais surtout soif de paix, de justice, de stabilité, d’un pays où l’on peut vivre et non se contenter de survivre. Une victoire ce soir serait un baume provisoire sur une plaie béante ; un éclat de joie dans une nation meurtrie.

Bonne chance aux Grenadiers. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la chance ne gouverne pas un pays. En politique, en administration publique, en gouvernance, la chance n’est ni un programme ni une stratégie. L’État ne s’improvise pas ; il se construit, il s’assume. C’est un mandat, une charge, un devoir impérieux. Et c’est pour cela, pour cette mission sacrée, que vous êtes payés, Mesdames et Messieurs les responsables.

L’heure n’est plus aux discours déclamatoires, aux fuites, aux faux-semblants. L’heure est à l’action, à l’autorité, à la responsabilité. Permettez enfin à ce peuple de célébrer sans trembler, de rêver sans craindre, de vivre sans fuir.

Qu’il puisse, un jour prochain, fêter ses victoires (sportives ou nationales) dans un pays pacifié. Qu’il puisse, surtout, redevenir souverain de son destin.

Vant Bef Info (VBI)


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