16 ans après le séisme, Port-au-Prince a-t-elle vraiment été reconstruite ?

Seize ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, plusieurs symboles majeurs de l’État haïtien demeurent en ruines à Port-au-Prince. Malgré les promesses de reconstruction et les milliards annoncés par la communauté internationale, la capitale reste marquée par des retards, des projets inachevés et une urbanisation largement informelle.

Port-au-Prince, 12 janvier 2026. — Le Palais national, effondré lors du séisme de 2010, n’a toujours pas été reconstruit. Le site, longtemps resté à l’abandon, continue d’incarner, aux yeux de nombreux observateurs, l’échec de la reconstruction institutionnelle et symbolique de l’État.

CP: AFP

La Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, siège de l’archidiocèse de Port-au-Prince, demeure elle aussi en ruines. Détruit lors de la catastrophe, l’édifice n’a jamais été réhabilité, malgré plusieurs annonces de projets de reconstruction au fil des années, devenant un autre marqueur visible du retard accumulé.

Une reconstruction internationale contestée

Trois mois après le séisme, la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) a été créée par arrêté le 21 avril 2010, avec pour mission de coordonner et d’approuver les projets financés par l’aide internationale, pour une durée initiale de 18 mois. La commission était coprésidée par le Premier ministre d’alors, Jean-Max Bellerive, et l’ancien président américain Bill Clinton.

Chargée de superviser l’utilisation de plusieurs milliards de dollars promis par les bailleurs, la CIRH a toutefois fait l’objet de nombreuses critiques. Une partie des fonds annoncés n’a jamais été décaissée et plusieurs projets ont connu des retards importants ou des réalisations partielles. Des organisations de la société civile ont notamment dénoncé un manque de transparence, une faible implication des collectivités locales et l’absence d’un plan d’aménagement cohérent à long terme.

Une reconstruction portée par les habitants eux-mêmes

Faute de politiques publiques structurées en matière de logement, de nombreux habitants ont reconstruit par leurs propres moyens, souvent sans respecter les normes parasismiques. Cette réalité est particulièrement visible dans plusieurs quartiers populaires, notamment à Carrefour-Feuilles, où l’espace est limité et les constructions se font de manière dense et non planifiée.

Dans ces zones, des bâtiments de plusieurs étages sont érigés sans permis ni études techniques, reproduisant un urbanisme informel qui accroît la vulnérabilité de la population face aux catastrophes naturelles. Si ces initiatives traduisent la capacité de résilience des communautés, elles révèlent aussi l’absence persistante de régulation et de politiques d’urbanisme adaptées.

Seize ans après le séisme, Port-au-Prince apparaît ainsi partiellement reconstruite, mais toujours fragile, mal planifiée et exposée à de nouveaux risques. L’écart entre les promesses de reconstruction et la réalité du terrain demeure l’un des constats majeurs de cette commémoration.

Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)


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