« Wilza AGENOR, la femme d’un policier abattu qui a dû fuir pour rester en vie

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Lorsque, le 20 février 2005, le policier Caregène Versailles a été attaqué par des bandits puis a succombé à ses blessures à l’hôpital, il laissait derrière lui une épouse dévastée et trois jeunes enfants âgés de 13, 7 et 4 ans. « C’était le pilier de notre famille », confiait Wilza AGENOR, la veuve de l’agent, encore bouleversée des années plus tard. Son assassinat, survenu à quelques pas de leur maison, a marqué le début d’un cauchemar sans fin.

Delmas, le 20 janvier 2020. La perte de son mari n’était que le début. Dans les mois et années qui ont suivi, Wilza AGENOR a été la cible de multiples menaces, d’intimidations et d’agressions. « Je recevais continuellement des messages anonymes me menaçant, moi et mes enfants », racontait-elle lors d’un entretien accordé à notre rédaction. « Si les bandits ont pu tuer un policier en uniforme devant sa maison, pourquoi m’épargneraient-ils, moi, une simple femme, veuve et vulnérable ? »
Cette peur constante a fini par la contraindre à vivre séparée de ses enfants, même alors qu’elle était encore en Haïti. « Je ne pouvais plus vivre avec eux. Je devais les cacher chez des proches. On m’avait déjà prise pour cible à plusieurs reprises. » Le climat de terreur devenait insupportable.
Son mari, reconnu pour son courage dans la lutte contre les gangs armés, semblait être devenu une malédiction pour sa famille. « Je ne pensais pas qu’après l’avoir tué, ils s’acharneraient sur nous. Je croyais que ça s’arrêterait là… mais non », confia-t-elle, les yeux embués de larmes.
Face à l’intensification des menaces, Wilza AGENOR n’a eu d’autre choix que de quitter le pays. « Ce n’était pas un départ volontaire. J’étais poussée dehors, pour sauver ma vie. Je partais la mort dans l’âme, en laissant mes enfants derrière moi, déjà privés de leur père. »
L’année 2019, marquée par de violentes manifestations antigouvernementales, des barricades, des grèves générales et l’expansion du pouvoir des gangs armés dans plusieurs quartiers de la capitale, n’a fait que confirmer le danger d’un éventuel retour.
Des affrontements sanglants, des assassinats ciblés et l’effondrement de l’ordre public dans des zones comme Martissant, La Saline ou Bel-Air rendent tout projet de retour à Port-au-Prince extrêmement risqué pour une personne comme Wilza AGENOR, qui a déjà été visée par des menaces sérieuses. L’insécurité généralisée et l’instabilité politique persistante rendent le pays impropre à une réinstallation sécuritaire.
Le témoignage de Wilza AGENOR révèle la dure réalité que vivent de nombreuses familles haïtiennes prises pour cibles à cause de l’engagement de l’un des leurs dans les forces de l’ordre. Dans son cas, ce n’est pas seulement son mari qui a été tué : c’est toute une vie familiale qui a été brisée.
Dodeley Orelus
Vant Bèf Info (VBI)