Solino : Entre résilience et résignation, des habitants préparent leur retour progressif
Au cœur d’un quartier meurtri par des mois de violences armées, les habitants de Solino tentent timidement de reprendre possession de leur territoire. Entre ruines, herbes sauvages et routes éventrées, le retour se prépare, malgré les avertissements des autorités et l’absence de garanties sécuritaires.

Port-au-Prince, 10 septembre 2025 –
Depuis plusieurs jours, jeunes et adultes se mobilisent pour nettoyer certaines maisons détruites et remblayer des tronçons de routes autrefois obstrués par les gangs, qui utilisaient ces barricades pour empêcher toute intervention policière.
À la rue Caravelles et au carrefour Solino, les opérations de remblaiement s’intensifient. Avec l’appui de la mairie de Delmas, des camions et tracteurs ont été déployés afin de dégager les axes et améliorer la stabilité du sol. Objectif : transformer des terrains dévastés en espaces de vie, réduire les risques d’inondation et rouvrir des passages vitaux.
Un retour fragile et risqué
Pelles et brouettes en main, certains résidents, appuyés par des engins lourds, s’activent pour rebâtir leur quartier. Beaucoup savent que leur retour est déconseillé par l’État et la police, mais l’espoir d’un nouveau départ l’emporte sur la peur.
Sous un soleil accablant, Jean, chauffeur de taxi-moto, raconte son parcours. Réfugié avec sa femme et ses trois enfants dans un camp installé à l’ancien local de l’OPC, il déplore des conditions de vie « exécrables » : absence de services de base, promiscuité et insécurité. Malgré tout, il a décidé de retourner sur les ruines de sa maison incendiée.
« Je reviens ici parce que c’est mon lieu d’enfance et le seul endroit où je peux encore espérer nourrir ma famille », confie-t-il, le jean délavé et le chapeau de paille trempé de sueur.
Désespoir et incertitude
Pour Josette, mère de quatre enfants, la situation est différente. Sa maison est totalement détruite. « La seule option, c’est une reconstruction intégrale », dit-elle, le regard perdu. Découragée, elle ne parle pas de retour. Dépourvue de moyens, elle place ses derniers espoirs dans la providence et l’État.
Entre des camps d’hébergement insalubres et un quartier réduit en cendres, le dilemme est cruel. L’État, impuissant, n’offre aucune garantie, ni d’un côté ni de l’autre. Résultat : les victimes oscillent entre résilience et résignation. Le retour à Solino demeure une énigme, suspendue entre courage et désespoir.
Uguenson Auguste
Vant Bèt Info (VBI)
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