Sécurité : Delmas 30, Nazon, Solino… chronique d’un retour impossible pour des milliers de déplacés
Le chef de gang Jimmy Chérisier, alias Barbecue, à la tête de la coalition armée Viv Ansanm, avait surpris l’opinion publique en appelant les habitants déplacés de Christ-Roi, Delmas 30, Nazon et Solino à regagner leurs foyers. Une déclaration inattendue, teintée d’un ton presque humanitaire, où il se disait attristé par la misère des familles contraintes de fuir — une précarité pourtant provoquée par ses propres hommes.

Port-au-Prince, le 25 juillet 2025. — L’ancien policier de l’UDMO avait promis de retirer ses troupes de plusieurs zones et d’instaurer une trêve avec ses anciens rivaux. L’annonce, largement relayée sur les réseaux sociaux, avait suscité un espoir prudent parmi les déplacés vivant dans des camps insalubres et surpeuplés. Dans certains quartiers, des cris de joie s’étaient même fait entendre, comme un souffle d’espérance après des mois de terreur.
Des précédents qui appellent à la méfiance
Cependant, l’histoire récente d’Haïti incitait à la prudence. Un an plus tôt, en juillet 2024, un scénario similaire s’était joué à Carrefour-Feuilles, autre bastion populaire frappé par les affrontements de la coalition Viv Ansanm.
À l’époque, les caïds locaux avaient eux aussi invité les habitants à revenir après des mois de combats. Si certains avaient osé regagner leurs maisons, la trêve avait été de courte durée. Quelques semaines plus tard, les tirs avaient repris, forçant une nouvelle fois les familles à fuir, laissant derrière elles des ruines et des souvenirs à jamais brisés.
Cette expérience douloureuse laissait planer une série de questions :
quelles garanties réelles avaient les familles de Delmas, Nazon ou Solino de ne pas revivre le même drame ? Et surtout, quelle était la place de l’État haïtien dans ce processus annoncé unilatéralement par un chef de gang ?
Des quartiers dévastés et une reconstruction incertaine
Sur le terrain, les constats sont accablants. Les journalistes et quelques habitants revenus brièvement sur les lieux décrivent des maisons saccagées, des trous béants creusés dans les murs, des mobiliers pillés, et des infrastructures détruites.
Dans ces conditions, un retour massif paraît presque impossible.
« Rien ne garantit la sécurité, ni la stabilité. Comment investir à nouveau dans ces zones ? », s’interroge un ancien résident de Delmas 30, aujourd’hui réfugié dans un camp à Tabarre.
Des rumeurs de négociations entre l’État haïtien et la coalition Viv Ansanm circulent depuis l’appel de Barbecue. Certaines sources non confirmées évoquent même des compensations financières en échange de la trêve. Ces informations restent toutefois difficilement vérifiables.
Des promesses sans lendemain
Trois mois après l’annonce du chef de gang, les quartiers concernés demeurent quasiment déserts. La majorité des familles déplacées vivent encore dans des conditions inhumaines, entassées dans des abris de fortune sans eau ni électricité.
Malgré les déclarations d’apaisement, aucun plan officiel de réinstallation ou de sécurisation n’a été annoncé par les autorités. Le retour tant espéré semble donc, pour l’instant, un horizon lointain pour des milliers de citoyens pris en otage entre l’insécurité et l’indifférence de l’État.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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