Relocalisation du TPI de Port-au-Prince : impact sur la Justice en Période d’Insécurité

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Dans un contexte marqué par une insécurité croissante, le Tribunal de Première Instance (TPI) de Port-au-Prince, qui se trouvait auparavant au centre-ville, a été récemment déplacé vers Delmas 75. Bien que cette décision vise à protéger le personnel judiciaire et les citoyens, elle soulève des questions sur l’accès à la justice, le fonctionnement du système judiciaire et la lutte contre l’impunité.

Une insécurité persistante

Port-au-Prince fait face à une violence grandissante, alimentée par les gangs armés, notamment la coalition criminelle « Viv amsanm ». Ces groupes ont envahi une grande partie de la capitale, contraignant plusieurs institutions à fermer leurs portes, dont le TPI, qui a souvent été la cible d’attaques et de menaces.

En 2023, le gang « 5segond », dirigé par Jhonson André, alias « IZO », a attaqué le tribunal, accusant certains membres du pouvoir judiciaire de corrompus. Cette attaque, qui n’a pas été démentie par les autorités, a renforcé la nécessité de déplacer le tribunal vers un lieu plus sécurisé.

Un accès à la justice compromis

Le principal défi de cette relocalisation réside dans l’éloignement du tribunal des quartiers populaires, où résident de nombreux justiciables. Ces derniers, déjà confrontés à des difficultés économiques, doivent désormais supporter des coûts de transport élevés pour se rendre à Delmas 75.

Un huissier de Pacot a exprimé sa frustration face à la longueur du trajet, soulignant l’impact négatif de ce déplacement sur les citoyens vulnérables. Pour Me Benel, avocat, ce déménagement pourrait signifier que les plus démunis abandonnent leur droit à la justice, accentuant ainsi les inégalités d’accès.

Un système judiciaire fragilisé

Au-delà des difficultés d’accès, cette relocalisation met en lumière la fragilité d’un système judiciaire déjà sous pression. Bien que le déménagement soit une réponse à la violence des gangs, il souligne également le manque de réformes structurelles profondes et de mesures de sécurité adéquates dans les institutions judiciaires. Certains juristes estiment qu’il est crucial de réformer le système judiciaire et de renforcer la sécurité.

Me Benel a évoqué la possibilité que cette décision soit perçue comme un symptôme d’un dysfonctionnement institutionnel plus large. De plus, elle pourrait nuire à la confiance du public dans un système judiciaire déjà perçu comme lent et peu fiable. Selon lui, les autorités doivent prendre des mesures concrètes pour résoudre cette crise.

Des conséquences logistiques et juridiques

Me Blanchard, un autre avocat, a exprimé ses inquiétudes concernant les complications logistiques dues à l’éloignement du tribunal, notamment le manque d’infrastructures pour traiter les nombreux dossiers en attente. Ce manque de ressources pourrait entraîner des délais supplémentaires dans le traitement des affaires, un problème déjà récurrent en Haïti.

Le déplacement du TPI complique également l’accès des médias, qui jouent un rôle crucial dans l’information du public haïtien.

Renforcer le système judiciaire

Bien que la relocalisation du TPI soit une mesure de sécurité, elle ne constitue pas une solution à long terme. Pour que la justice soit réellement accessible à tous, il est impératif de renforcer l’ensemble du système judiciaire, de moderniser les infrastructures et de garantir un véritable État de droit. Tant que ces réformes ne seront pas mises en place, le défi demeurera immense et les solutions durables resteront hors de portée.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)

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