Port-au-Prince : derrière le déblaiement des rues, la reconquête fragile de l’État

Ce ne sont pas de simples gravats que les engins de la Police nationale d’Haïti (PNH) déplacent depuis plusieurs jours au centre-ville de Port-au-Prince. À travers le déblaiement des barricades érigées par les groupes armés, c’est une bataille plus profonde qui se joue : celle du retour, encore incertain, de l’autorité de l’État dans des espaces longtemps abandonnés à la loi des gangs.

Port-au-Prince, 18 mars 2026.— Après avoir mené des offensives pour déloger les groupes criminels occupant plusieurs axes stratégiques, les forces de l’ordre ont engagé une phase de « nettoyage » visant à rendre à nouveau praticables des artères clés telles que Fort Saint-Clair, la rue Charéron, le boulevard Jean-Jacques Dessalines, la rue des Casernes ou encore les abords du stade Sylvio Cator et du Portail Léogâne.Opération « Konbit Ayiti Zéro Déchets » : le SNGRS et la mairie de Delmas mobilisés contre l’insalubrité

Mobilisant des moyens logistiques importants dont sept véhicules blindés et un bulldozer, la PNH procède au déblayage des débris, des barricades et des amas de gravats. Ces derniers paralysaient la circulation et entravaient les activités économiques. « L’objectif est de rendre ces voies entièrement accessibles à la population et de rétablir une circulation fluide », souligne la Direction de la communication de la Police (DICOP) dans une note officielle.

Mais au-delà de l’aspect opérationnel, cette intervention s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la reconquête territoriale dans un contexte de crise sécuritaire prolongée. Pendant des mois, ces zones ont été le théâtre d’affrontements, de contrôles armés et de paralysie économique, transformant des axes vitaux en lignes de fracture urbaine.

Selon la PNH, plusieurs bandits ont été neutralisés au cours des opérations et un fusil d’assaut M16 a été saisi, témoignant de l’intensité des affrontements récents. Pour les autorités, cette phase de nettoyage constitue une avancée significative dans la stratégie de pacification du pays.

Toutefois, sur le terrain, le retour à la normale reste fragile. Si les engins enlèvent les traces visibles de la violence, les défis structurels tels que l’insécurité persistante, le déplacements de populations, l’effondrement de certaines activités commerciales demeurent bien présents.

Pour de nombreux observateurs, ces opérations marquent un signal fort : celui d’un État qui tente de reprendre pied dans l’espace urbain. Mais la durabilité de cette reconquête dépendra de la capacité des institutions à maintenir une présence continue et à accompagner ces actions sécuritaires de mesures économiques et sociales.

Dans une capitale meurtrie, où chaque rue rouverte est une victoire symbolique, le véritable enjeu dépasse désormais le déblaiement : il s’agit de transformer cette reprise en stabilité durable.

Wandy Charles
Vant Bef Info (VBI)


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