Plus de sept ans sans une année scolaire complète

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Depuis plus de sept ans, le système éducatif haïtien traverse une crise sans précédent, marquée par des interruptions répétées du calendrier scolaire. Entre catastrophes naturelles, crises politiques, insécurité grandissante et mouvements de protestation, l’éducation des enfants haïtiens est gravement menacée.

Des années de turbulences

Pétion-Ville, 1er avril 2025 –L’ouragan Matthew, en octobre 2016, a détruit de nombreuses infrastructures scolaires, privant environ 80 000 enfants d’un accès à l’éducation, selon l’UNICEF. À peine le pays tentait-il de se relever qu’en 2018, la hausse des prix du carburant a déclenché des manifestations massives, paralysant les écoles pendant plusieurs semaines. La Commission nationale des droits de l’homme rapportait alors que 30 % des établissements scolaires étaient affectés par ces mobilisations.

L’année suivante, le mouvement Peyi Lòk, alimenté par des scandales de corruption et une détérioration des conditions de vie, a profondément perturbé l’année académique 2018-2019. Sous le slogan Barikad nou se avni nou, les manifestations ont bloqué de nombreuses écoles, obligeant les autorités à organiser les examens officiels sous haute surveillance. L’insécurité atteignait alors un niveau critique, marqué par une recrudescence des kidnappings et des affrontements armés.

Pandémie, instabilité et effondrement du système

Le 19 mars 2020, la détection des premiers cas de COVID-19 a conduit à la fermeture des écoles pour plusieurs mois, aggravant un calendrier scolaire déjà bouleversé. Bien que les cours aient repris en août 2020, l’insécurité persistante et les troubles sociopolitiques ont continué d’entraver la scolarité des élèves.

L’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021, a plongé le pays dans une incertitude politique encore plus grande. La montée de la violence armée a eu des conséquences désastreuses sur le système éducatif. En 2022, l’UNESCO alertait sur les risques d’une génération sacrifiée, mettant en garde contre une hausse du chômage, de la pauvreté et de la criminalité.

En 2023, l’UNICEF signalait que les attaques contre les écoles – fusillades, pillages, saccages et enlèvements – avaient été multipliées par neuf en un an. En mai 2024, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) annonçait que 900 écoles étaient fermées à Port-au-Prince et dans l’Artibonite, privant près de 200 000 élèves de leur droit à l’éducation.

Un avenir incertain pour l’éducation en 2025

L’année 2025 s’inscrit dans cette continuité inquiétante. Bien que le Ministère de l’Éducation nationale ait prévu un calendrier de 188 jours, les classes ont déjà été interrompues à deux reprises, en novembre et en février. À Port-au-Prince comme dans l’Artibonite, plusieurs établissements ont été incendiés, pillés ou définitivement fermés.

Face à cette situation, le système éducatif haïtien peine à garantir une année scolaire complète. L’accumulation des interruptions fragilise la qualité de l’enseignement, creuse les inégalités et dévalorise les diplômes délivrés. Alors que l’insécurité et l’instabilité politique persistent, l’éducation en Haïti semble plus que jamais en péril.

Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)

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