Offensive annoncée par le DG de la PNH : entre volonté affichée et réalités complexes
Le Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), André Jonas Vladimir Paraison, a annoncé une nouvelle orientation stratégique axée sur une posture offensive face aux groupes armés. Dans une vidéo diffusée dimanche 16 novembre sur la page officielle de l’institution, il a affirmé que la police « n’attendra plus les bandits pour agir », promettant des interventions plus directes et ciblées sur le terrain.

Port-au-Prince, 17 novembre 2025 — Cette déclaration contraste avec l’image d’une PNH souvent présentée comme sous-équipée, débordée et confrontée à des groupes armés mieux organisés. Selon M. Paraison, plusieurs unités spécialisées ont été renforcées et disposent désormais de moyens mieux adaptés, notamment pour lutter contre la coalition criminelle “Viv Ansanm”, active dans diverses zones de la région métropolitaine. Il soutient que ces ajustements commencent à produire des résultats, indiquant que « plusieurs bandits abandonnent leurs bases et prennent la fuite », tout en appelant les policiers à rester fermes pour « rétablir l’ordre et la paix ».
Si cette annonce suscite un certain espoir dans une population durement éprouvée, elle soulève également des interrogations sur la durabilité de cette stratégie, la capacité de la PNH à maintenir un front offensif dans le temps et la possibilité de vérifier de manière indépendante les résultats avancés. Depuis plusieurs années, les citoyens réclament une réponse cohérente à l’expansion des gangs, qui contrôlent aujourd’hui de vastes zones du territoire et perturbent profondément la vie quotidienne.
L’intervention du DG Paraison apparaît dès lors comme une tentative de répondre à cette pression sociale, tout en réaffirmant la volonté de l’État de reprendre l’initiative face aux groupes armés. Cependant, cette offensive annoncée évolue dans un contexte où les gangs bénéficient d’appuis logistiques et financiers importants, auxquels s’ajoutent des dynamiques politiques internes susceptibles de freiner ou d’instrumentaliser les opérations sécuritaires.
Entre communication stratégique et gestion d’image
La prise de parole du DG peut également être perçue comme un effort de communication visant à restaurer la confiance envers l’institution policière, à un moment où sa légitimité est fragilisée. Les résultats évoqués, positions abandonnées, fuites de groupes armés, restent difficiles à corroborer et pourraient être mis en avant pour soutenir un discours institutionnel centré sur le regain d’autorité de la PNH.
Une rupture annoncée, mais un long chemin à parcourir
La volonté affichée de reprendre le contrôle du territoire constitue un signal important. Toutefois, l’efficacité réelle de cette offensive ne pourra être mesurée qu’à travers des actions régulières, coordonnées et soutenues. Le rétablissement de l’autorité de l’État dépendra non seulement des opérations policières, mais aussi d’une réponse politique, sociale et institutionnelle plus large.
Dans un pays où la crise sécuritaire s’inscrit au cœur d’un ensemble de crises imbriquées, l’annonce du DG Paraison sera évaluée sur les résultats concrets qu’elle produira, plus que sur la portée de son discours.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
