Monseigneur Joseph Willy Romélus, le bâtisseur qui n’a jamais vu l’Haïti de ses rêves
Il s’est éteint au petit matin du 12 août 2025, dans sa maison de Château, commune d’Arniquet, à l’âge vénérable de 94 ans. Monseigneur Joseph Willy Romélus, évêque émérite de Jérémie, laisse derrière lui l’empreinte d’un pasteur courageux, d’un bâtisseur infatigable et d’un homme d’Église qui, jusqu’à son dernier souffle, a porté dans son cœur une Haïti qu’il n’aura pas vue advenir. Celle d’une nation réconciliée avec elle-même, débarrassée des injustices et réhabilitée dans sa dignité.

Né le 17 janvier 1931 dans le Sud d’Haïti, Willy Romélus grandit au rythme des prières, des travaux des champs et des rumeurs d’un pays en quête de stabilité. Ordonné prêtre le 13 juillet 1958 pour le diocèse des Cayes, il se distingue par sa rigueur, sa droiture et sa proximité avec les plus humbles. Ses paroissiens l’écoutent comme on écoute un père : avec respect et confiance.
Le 26 avril 1977, il est nommé évêque de Jérémie. Sa consécration, deux mois plus tard, marque le début d’un ministère de plus de trois décennies, jalonné de combats pour la justice sociale, l’éducation et la défense des droits humains.
Sous sa houlette, le diocèse de Jérémie se transforme. Monseigneur Romélus fait ériger des écoles, un séminaire, un foyer culturel, un dispensaire, des magasins communautaires. Il impulse les travaux de construction de la cathédrale Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, qu’il voulait symbole d’espérance et de résilience pour toute la région.
Mais son œuvre ne se limite pas aux pierres et aux édifices : il tisse des liens, construit des communautés, relève les courages abattus. Il croit fermement que l’évangile ne peut se prêcher qu’adosser à des actions concrètes en faveur des plus vulnérables.
Un pasteur debout face à l’injustice
Monseigneur Romélus n’a jamais reculé devant les dérives autoritaires. Dans les années 1980, il se fait la voix des sans-voix, s’érigeant contre la répression et les violences politiques. Proche des mouvements populaires, il forge des mots qui deviennent des slogans, dont le fameux « Rache Manyòk » en 1987, cri de ralliement pour extirper l’injustice à la racine. Ses prises de position lui valent l’hostilité des puissants, mais renforcent l’estime des opprimés.
En 2009, il se retire de la tête du diocèse, mais pas de la vie pastorale. Il faisait office de vicaire à la paroisse Saint-Louis de Château, son village natal, où il continuait de célébrer, d’écouter et de conseiller. Sa silhouette frêle, son regard pénétrant et sa parole mesurée demeurent des repères pour plusieurs générations de fidèles.
Le rêve inachevé
Jusqu’à ses derniers jours, le désormais ancien prélat aura vainement espéré une Haïti pacifiée, gouvernée avec probité, attentive à ses enfants les plus pauvres. La réalité du pays, sa terre gangrenée par la corruption, la violence et les fractures sociales, lui aura refusé cette consolation. Hélas ! Il part avec ce regret silencieux, mais aussi avec la certitude d’avoir planté des graines de lumière et de justice, qui attendent encore leur pleine floraison.
Ses funérailles, prévues le 21 août 2025 à Jérémie, seront l’occasion pour le peuple qu’il a aimé de lui rendre hommage. Non pas seulement à l’évêque qu’il fut, mais à l’homme debout, au pasteur qui a pris soin des corps comme des âmes, et au citoyen qui, toute sa vie, a défendu l’idée qu’Haïti mérite mieux que ses blessures.
Monseigneur Willy Romélus s’en va, laissant derrière lui une trace profonde. Il ne verra pas l’Haïti qu’il espérait, mais son nom continuera de résonner comme un rappel : le rêve d’un pays juste ne meurt pas avec ceux qui l’ont porté.
Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)
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