Libération de détenus par le CPT : geste humanitaire ou manœuvre politique?

La justice haïtienne est, malheureusement, un système défaillant et corrompu, surtout en ce qui concerne la question de la détention préventive prolongée, affirme plus d’un. De ce fait, il est difficile de savoir si la justice a triomphé ou s’il s’agit d’une appropriation du pouvoir judiciaire par la politique lorsque des prisonniers sont graciés par l’État, comme c’est le cas pour le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) qui vient de faire libérer certains détenus, dont des mineurs, à l’occasion de Noël.

Port-au-Prince le 26 décembre 2025. Selon les informations disponibles, 23 détenus, dont 9 adultes et 14 mineurs ont été libérés par le CPT ce mercredi 24 décembre. Une bonne nouvelle pour les familles de ces anciens prisonniers.

Cependant, ces grâces présidentielles ne constituent-elles pas l’arbre qui cache la forêt ? Car le problème de la détention préventive prolongée, situation où une personne est maintenue en prison avant son procès pour une durée excédant les délais légaux, demeure une problématique juridique sérieuse en Haïti sur laquelle l’État devrait sérieusement se pencher.

Cette réalité met en lumière les failles d’un système judiciaire dysfonctionnel, pour ne pas dire corrompu.

Bien qu’il n’existe pas de chiffre unique et récent sur le nombre total de victimes de la détention préventive prolongée en Haïti, des rapports de l’ONU et de plusieurs ONG indiquent que la grande majorité de la population carcérale haïtienne, soit environ 81 % en 2021, se trouve dans cette situation.

Ces prisonniers, dont une part importante sont des femmes et des enfants, vivent dans des conditions inhumaines. Alors, quand l’État libère seulement 23 détenus, on peut se demander si l’on ne se ment pas entre gitans.

Selon la Constitution haïtienne de 1987, nul ne peut être détenu au-delà de 48 heures, sauf en cas de flagrance. Même dans ce cas, le détenu a droit à un procès en bonne et due forme.

Or, en Haïti, les arrestations se font souvent en dehors des procédures légales et les détenus ont du mal à comparaître devant un juge.

En conséquence, la population carcérale augmente, et l’un des droits fondamentaux de l’être humain, à savoir la liberté, est systématiquement bafoué.

Dinc, lorsqu’un État s’amuse à attendre chaque fin d’année pour accorder sa grâce à une infime partie des victimes d’un système judiciaire défaillant, il est légitime de se demander si l’on ne tente pas de guérir un cancer avec une simple aspirine.

Sarah Germain

Vant Bèf Info (VBI)


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