Le gouvernement prêche la prévention, mais les hôpitaux s’effondrent
Alors que l’ouragan Melissa frappait violemment plusieurs départements du pays, le ministre de la Santé publique et de la Population, Dr Bertrand Sinal, a effectué, le mercredi 29 octobre, une tournée d’évaluation dans plusieurs hôpitaux de la capitale, dont La Paix et Eliazar Germain.

Port-au-Prince, 30 octobre 2025 —Cette visite, réalisée au cœur même de la tempête, visait à évaluer le niveau de préparation des structures sanitaires et à encourager le personnel médical mobilisé pour faire face aux urgences. Le ministre a salué la détermination des équipes soignantes, qui restent en première ligne malgré des conditions météorologiques extrêmes.
Dans un message publié sur le compte X officiel du MSPP, le Dr Sinal a rappelé l’importance de la vigilance sanitaire, notamment face aux risques de résurgence du choléra, souvent accrus après de fortes pluies et des inondations.
« Nou pa fè pòs dezas, men se predezas nou fè », a-t-il déclaré, soulignant la volonté du ministère d’agir en amont des catastrophes pour réduire les risques sanitaires.
Cependant, la réalité du système de santé haïtien contraste durement avec les appels à la prévention. Dans plusieurs quartiers de Pétion-Ville, notamment à Pélerin et Diègue, des cas de choléra étaient déjà recensés avant même le passage de Melissa.
Un système sanitaire au bord de la rupture
Les tournées ministérielles ne suffisent pas à masquer l’effondrement d’un système de santé exsangue. Selon plusieurs rapports humanitaires, six hôpitaux sur dix sont aujourd’hui presque inopérationnels, victimes du manque de financement, du pillage et de la violence qui gangrène le pays.
Les blocus des ports et aéroports ralentissent l’arrivée de médicaments, de carburant et de matériel médical, tandis que des entrepôts pharmaceutiques et cliniques privées ont été vandalisés. Dans la région métropolitaine, un seul grand hôpital fonctionne encore, partiellement, sous la menace constante des gangs.
Cette crise sanitaire s’inscrit dans un contexte humanitaire alarmant : plus de 6 millions d’Haïtiens ont besoin d’une aide humanitaire en 2025, dont un million de déplacés internes, selon les chiffres de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS/PAHO).
Un budget dérisoire face à une urgence nationale
Pour l’exercice fiscal 2025.–2026, le gouvernement haïtien a alloué 19,72 milliards de gourdes au MSPP, dont près de 75 % destinés au fonctionnement administratif. Les 4,89 milliards restants devraient financer la réhabilitation d’infrastructures hospitalières et l’approvisionnement en médicaments.
Mais face à la gravité de la situation — hôpitaux détruits, insécurité persistante, pénurie de matériel et exode du personnel médical — ce budget paraît largement insuffisant. L’ouragan Melissa, en aggravant les dégâts dans plusieurs régions, a mis en lumière la fragilité structurelle d’un système déjà à bout de souffle.
Appel à la solidarité et à la réforme
Face à cette crise prolongée, l’OPS a lancé un appel de fonds de 18,5 millions de dollars américains pour soutenir les interventions sanitaires et assurer la continuité des soins essentiels. Les priorités incluent :
la fourniture d’oxygène, de sang et de médicaments vitaux ;
le soutien logistique des hôpitaux (carburant, réparations, générateurs) ;
l’appui moral et financier au personnel de santé ;
le renforcement du Centre ambulancier national pour les transferts d’urgence.
Ces mesures visent à maintenir à flot un système en péril, mais elles ne remplacent pas la nécessité d’une réforme structurelle profonde.
Haïti a besoin d’un plan sanitaire national ambitieux, centré sur l’accès équitable aux soins, la sécurité du personnel médical et la modernisation durable des infrastructures hospitalières.
Christina Juliana Vilmé
Vant Bèf Info (VBI)
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