.Haïti : vers une masculinité positive au service de l’égalité
La récente tenue d’un atelier sur la masculinité positive à Port-au-Prince, organisé par ONU Femmes en partenariat avec le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) et la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ), place une fois de plus cette notion au centre des débats publics sur l’égalité de genre et la prévention des violences faites aux femmes.

Port-au-Prince, septembre 2025 –
L’événement, auquel a pris part l’UNESCO, met en lumière une approche qui bouscule les représentations sociales et interpelle directement les médias, appelés à jouer un rôle de catalyseur dans la transformation des mentalités. Quid de la masculinité positive ?
Le concept de la masculinité positive
Le concept de masculinité positive se définit comme une alternative à la « virilité toxique », c’est-à-dire à l’ensemble de normes sociales qui associent l’identité masculine à la domination, à l’agressivité ou au rejet des émotions. Selon l’UNESCO, elle vise à réorienter les attributs traditionnellement associés aux hommes (force, autorité, responsabilité) non plus vers l’oppression, mais vers la protection, la construction et l’inspiration.
Dans ses mots, le Représentant résident de l’UNESCO en Haïti, M. Éric Voli Bi, a rappelé que « la masculinité positive ne consiste pas à affaiblir l’homme, mais à le libérer du poids de la virilité toxique. Elle appelle à utiliser la force non pour dominer, mais pour protéger, construire et inspirer. »
Ce qu’elle implique concrètement
La masculinité positive implique plusieurs transformations sociales et individuelles. D’abord une déconstruction des stéréotypes. Il s’agit de rompre avec l’idée que l’homme doit être nécessairement dur, insensible ou dominant. Comme l’a souligné une représentante d’ONU Femmes, « déconstruire les stéréotypes et repenser la manière dont nous représentons l’homme dans les médias est une condition sine qua non pour bâtir une société inclusive et pacifique. »
Ensuite une implication active des hommes dans l’égalité. A ce niveau, il convient de reconnaître que l’égalité de genre n’est pas qu’un combat des femmes, mais un projet collectif où les hommes doivent devenir alliés et acteurs. M. Voli Bi l’a rappelé : « Ce combat pour l’égalité ne saurait être gagné sans l’implication des hommes eux-mêmes. »
Et enfin, le Rôle central des médias. Ces derniers façonnent les imaginaires, leur responsabilité est déterminante. La présidente de la SOFEHJ a insisté : « Les journalistes ne sont pas seulement témoins des violences, ils sont aussi des acteurs de changement social. Leur plume, leur micro et leurs images peuvent contribuer à prévenir et à sensibiliser. »
Origine et historicité du concept
La masculinité positive n’est pas née en Haïti. Le concept a émergé au sein des Nations Unies dans les années 2010, notamment dans le cadre des programmes de prévention des violences basées sur le genre (ONU Femmes, PNUD, UNFPA). Il a été théorisé comme une approche complémentaire aux mouvements pour l’égalité, en soulignant qu’il fallait transformer aussi le rôle et les représentations des hommes.
Historiquement, le mouvement s’inscrit dans le prolongement de la réflexion sur les « nouvelles masculinités » (Raewyn Connell, Masculinities, 1995), qui a démontré que l’identité masculine est une construction sociale et non une essence naturelle. Cette approche a été reprise dans des programmes pilotes en Afrique (Afrique du Sud, Rwanda), en Amérique latine (Chili, Brésil) et plus récemment dans la Caraïbe (Jamaïque, Haïti).
Une stratégie pour Haïti
Dans un pays où les violences basées sur le genre demeurent préoccupantes, l’atelier de septembre 2025 illustre la pertinence de cette approche. En plaçant les médias au cœur du dispositif, les organisateurs reconnaissent leur rôle décisif dans la diffusion d’images capables de briser les schémas discriminatoires. Au-delà d’une démarche de sensibilisation, la masculinité positive en Haïti est appelée à devenir un levier de prévention, d’éducation et de pacification sociale. Elle appelle à instaurer une « nouvelle culture des rapports sociaux » fondée sur le respect, la non-violence et l’égalité.
La masculinité positive telle que prônée par les tenants de cette approche se veut une réponse globale à des problématiques locales dont la violence, l’inégalité et l’exclusion. Elle invite à repenser les rôles, à libérer les hommes des carcans de la « virilité toxique » et à construire une société plus
En clair, l’atelier de Port au Prince se veut un engagement partagé : celui des institutions, des médias, des femmes et des hommes, pour faire de l’égalité de genre un socle de paix et tourné vers le développement durable en Haïti.
Came Stefada Poulard
Vant Bef Info (VBI)
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