Haïti : quand les architectes de l’accord Montana s’attaquent à leur propre transition
Certains signataires de l’Accord Montana ont qualifié ce mardi 6 janvier 2026 le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) d’« échec total » lors d’une conférence de presse à l’hôtel Kinan, à Pétion-Ville. Le CPT, instance mise en place pour assurer la transition politique en Haïti, est actuellement au centre de critiques venant de ses propres architectes.

Pétion-Ville, 6 janvier 2026.
Un projet fondateur confronté à des limites
Signé le 30 août 2021, l’Accord Montana se présentait comme un projet de consensus national visant à restaurer la souveraineté haïtienne, améliorer la gouvernance et préparer des élections libres et transparentes.
Près de vingt mois plus tard, les résultats sont jugés insuffisants :
pas d’amélioration notable des conditions de vie de la population ;
aucune avancée sécuritaire permettant l’organisation d’élections crédibles ;
aggravation de l’insécurité, de l’impunité, de la corruption, de la misère et du chômage.
Le professeur et sociologue Delson Cius, signataire de l’Accord Montana, a déclaré que le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé n’a pas rempli ses missions fondamentales, notamment la sécurisation du pays, la mise en œuvre de réformes institutionnelles et constitutionnelles et l’organisation d’élections.
« Rien, absolument rien, n’a été fait dans ce sens », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que la structure même du CPT, composée de neuf membres issus d’horizons divers, a contribué à la paralysie de l’exécutif.
Une critique tardive et partielle
Plusieurs observateurs soulignent la contradiction de ces critiques, puisque les signataires avaient accepté la composition et le fonctionnement du CPT lors de sa création. La question du leadership de l’exécutif, en particulier la désignation de Fritz Alphonse Jean comme figure centrale, est restée ambiguë, selon certains analystes.
Relance et consultations nationales
Face à cette situation, l’Assemblée de l’Accord Montana a annoncé vouloir relancer le projet selon son esprit initial. Francisco Alcide, autre signataire, a indiqué qu’un processus de consultations nationales sera lancé, incluant universités, organisations paysannes, secteurs professionnels, confessions religieuses et pratiquants du vodou.
Il a également insisté sur la nécessité de défendre la souveraineté nationale et de limiter l’influence étrangère dans la désignation des dirigeants, tout en soulignant que le CPT avait été largement soutenu par la communauté internationale.
Cohérence politique et responsabilité historique
Selon les observateurs, le succès de cette relance dépendra de la capacité des signataires à clarifier leurs objectifs, à assurer la cohérence politique et à respecter le socle idéologique de l’Accord Montana.
« Haïti est un pays souverain. Le peuple haïtien ne peut plus accepter que ses dirigeants soient désignés par des puissances étrangères », a conclu Francisco Alcide.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
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