Haïti : Neuf présidents pour un pays à genoux, qui paiera le prix de l’échec ?

Dans un pays miné par une instabilité politique chronique et une insécurité endémique, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) apparaît comme la dernière tentative désespérée de sauver une République à la dérive.
Composé de neuf membres issus de structures politiques souvent antagonistes, le collectif prétend incarner l’unité nationale. En réalité, il ravive un scénario bien connu : celui d’une élite politique accrochée au pouvoir, incapable de gouverner dans l’intérêt du peuple ni d’assumer ses responsabilités.

Port-au-Prince, le 5 octobre 2025 —

Un Conseil sans cap ni consensus

Présenté comme une solution à la crise politique, le CPT est déjà fragilisé par des rivalités internes, des ambitions personnelles et un manque de vision commune.
Derrière l’image d’un prétendu consensus se cache, selon plusieurs observateurs, un partage de pouvoir déguisé en démarche de transition.
Difficile de croire qu’un organe dirigé par des figures issues des mêmes structures responsables de l’effondrement institutionnel du pays puisse incarner une gouvernance nouvelle, transparente et responsable.

Pire encore, certains membres du Conseil sont éclaboussés par des soupçons de corruption.
Emmanuel Vertilaire (Pitit Dessalines), Louis Gérald Gilles (Accord du 21 Décembre) et Smith Augustin (REN/EDE) sont cités dans un rapport de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) concernant une affaire à la Banque Nationale de Crédit (BNC).
Malgré ces accusations, ils demeurent en poste, participent aux décisions stratégiques et procèdent à des nominations au sein de l’administration publique.

L’éternel jeu de la déresponsabilisation

Depuis plusieurs décennies, Haïti semble prisonnière d’une culture politique fondée sur la déresponsabilisation.
Chaque génération de dirigeants accuse la précédente : les partisans de Jean-Bertrand Aristide (Fanmi Lavalas), de Michel Martelly ou de Jovenel Moïse (PHTK) se renvoient mutuellement la responsabilité du désastre national.

Aujourd’hui, pourtant, toutes ces forces politiques se retrouvent réunies au sein du CPT, partageant un même pouvoir qu’elles avaient jadis critiqué.
Demain, qui osera dire : « Le CPT a détruit Haïti » ?
Difficile à imaginer, puisque le Conseil est le produit de ce système politique lui-même, dominé par des intérêts partisans plus que par la recherche du bien commun.
Pendant ce temps, le peuple haïtien continue de fuir les rafales des gangs armés, notamment ceux regroupés dans la coalition criminelle Viv Ansanm.

Qui portera la responsabilité de l’échec ?

L’histoire politique haïtienne est impitoyable : les élites se succèdent, se déchirent, se réconcilient, puis recommencent, sans jamais assumer les conséquences de leurs choix.

Le CPT risque de reproduire le même schéma. En cas d’échec, la responsabilité sera collective, donc diluée — une situation qui rendra toute reddition de comptes quasi impossible.

Une gouvernance à plusieurs têtes offre l’illusion d’un équilibre, mais elle institutionnalise surtout l’irresponsabilité.

Une illusion collective au goût amer

Au fond, le CPT n’est peut-être que la version collégiale d’un vieux mal haïtien : un pouvoir sans cap, sans réforme réelle, et sans obligation de rendre des comptes.
L’illusion de la collégialité ne suffira pas à sauver Haïti.
Il est plus que temps que les dirigeants comprennent que gouverner, ce n’est pas partager les privilèges entre camarades d’ambition, mais répondre aux attentes d’un peuple épuisé, trahi et désabusé.

Jean Gilles Desinord
Vant Bèf Info (VBI)


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