Haïti : la lecture en péril face à la crise multidimensionnelle
Dans un pays en proie à une crise économique, sécuritaire, sociale et institutionnelle, la lecture, ce geste simple mais fondateur de toute civilisation, semble s’effacer peu à peu des habitudes collectives. Pourtant, lire demeure l’un des piliers essentiels du développement de l’individu et du progrès d’une nation.

Port-au-Prince, octobre 2025. Lire, c’est apprendre à penser, à douter, à rêver et à comprendre le monde. C’est aussi développer l’esprit critique, nourrir la curiosité, éveiller la sensibilité et forger le caractère. Dans une société où la désinformation s’étend, où la parole violente remplace le débat d’idées, la lecture agit comme un rempart contre l’ignorance. Les nations qui lisent se construisent sur des bases solides : la connaissance, la réflexion et la culture du discernement.
Haïti, terre d’écrivains et de penseurs, a longtemps fait du livre un instrument d’émancipation. Mais cette tradition se délite. Les écoles peinent à maintenir des bibliothèques actives, les librairies ferment, les centres de lecture manquent de moyens. Dans les quartiers où l’urgence de survivre remplace celle de s’instruire, le livre recule, et avec lui s’amenuise la capacité de la jeunesse à rêver d’un avenir meilleur.
Une pratique menacée par la crise mais soutenue par des efforts constants
La crise actuelle n’a pas seulement détruit des infrastructures ; elle a érodé le lien culturel et symbolique qui unit le citoyen à la lecture. Quand la peur, la faim et la précarité occupent l’esprit, les mots perdent leur place. Or, la lecture ne nourrit pas seulement l’intelligence : elle renforce la cohésion sociale, elle guérit les blessures invisibles et redonne sens à la communauté nationale.
Consciente de ces défis, la Direction nationale du livre (DNL) poursuit, avec une certaine ténacité, sa mission de préserver et d’élargir l’accès à la lecture. À travers le réseau des Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC), la création de la Médiathèque Jacques Stephen Alexis, des ateliers de lecture pour enfants et des campagnes de sensibilisation sur tout le territoire, la DNL s’efforce de faire du livre un espace de refuge, de rencontre et d’apprentissage. En multipliant les initiatives, elle tente de réancrer la lecture dans le quotidien des Haïtiens, malgré la fragilité du contexte national.
La violence qui ravage Haïti aujourd’hui n’est pas uniquement celle des armes ; c’est aussi celle du vide intellectuel, de l’absence d’imaginaire collectif. Là où le livre disparaît, le dialogue se tait et la pensée s’appauvrit. La crise, en détruisant les espaces de savoir, tue lentement la possibilité même de réfléchir le pays autrement.
Rendre la lecture accessible, en faire un réflexe quotidien, ce n’est pas un luxe : c’est un acte de résistance et de reconstruction. Car un peuple qui lit est un peuple qui se relève, un peuple qui s’invente, un peuple qui se tient debout.
Alors que la Direction nationale du livre (DNL) célèbre ses vingt ans d’existence, l’institution profite de cet anniversaire pour rappeler le rôle vital de la lecture dans la construction individuelle et le redressement collectif. Vingt ans d’efforts constants pour défendre le livre, promouvoir la lecture publique et préserver le droit fondamental d’apprendre dans un pays en proie à une crise multidimensionnelle.
Wandy CHARLES,
Vant Bef Info (VBI)
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