Haïti face au vide politique : une déclaration de plus, sans cap clair ?

Alors que la crise sécuritaire, institutionnelle et sociale s’aggrave en Haïti, une nouvelle Déclaration conjointe intitulée « Appel à la responsabilité citoyenne » est venue, ce week-end, s’ajouter à la série de prises de position publiques dénonçant l’effondrement de l’État, sans toutefois proposer de mécanisme clair permettant d’en sortir.

Port-au-Prince, le 26 janvier 2026.
Signée par plusieurs organisations politiques, professionnelles et dites citoyennes, la déclaration affirme qu’à l’approche de la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’Exécutif serait « effondré », évoquant dysfonctionnements institutionnels, paralysie de la gouvernance et vacance de l’autorité de l’État.

Un constat alarmant, certes, mais qui n’a rien de nouveau pour une population déjà confrontée à l’insécurité chronique, à l’effondrement des services publics, à la détresse économique et à l’exode massif. La question n’est donc pas tant le diagnostic que la portée réelle de cette prise de position, dans un contexte où plusieurs signataires ont, par le passé, accompagné ou cautionné des transitions successives sans mécanismes de redevabilité clairs.

Une dénonciation tardive, des responsabilités peu assumées

Le texte dénonce un « spectacle hideux » au sommet de l’État et agite la menace d’un chaos imminent. Or, pour de nombreux citoyens, ce chaos est déjà une réalité quotidienne. Ce décalage entre discours et vécu alimente une forme de scepticisme : où étaient ces voix lorsque les choix politiques — ou l’absence de décisions — contribuaient à installer durablement l’impasse actuelle ?

L’appel à la « responsabilité citoyenne » interroge également. Peut-on invoquer la responsabilité du peuple sans interroger, de façon explicite, celle des élites politiques, économiques et institutionnelles qui dominent la scène publique depuis des décennies ?

Un Collège national de facilitation aux contours flous

La proposition centrale de la déclaration, la création d’un Collège national de facilitation composé notamment d’universitaires, d’ingénieurs, d’architectes et d’organisations citoyennes, soulève plusieurs zones d’ombre.
Aucune précision n’est donnée sur :

les critères de désignation des membres,

leur légitimité démocratique,

la durée et l’étendue de leur mandat,

ni leur capacité à produire des décisions contraignantes.

Dans un pays marqué par la prolifération de structures parallèles sans réel pouvoir institutionnel, cette initiative apparaît davantage comme un dispositif consultatif de plus, plutôt qu’un véritable instrument de gouvernance de crise.

Plus encore, la proposition de placer le processus sous « observation internationale » au sein de la Nonciature apostolique, avec l’implication du Vatican, relance le débat sur la souveraineté nationale. Après de multiples expériences de médiation internationale aux résultats limités, cette option ressemble moins à une innovation qu’à la reconduction de formules déjà éprouvées… et largement contestées.

Entre urgence nationale et répétition des mêmes schémas

« L’urgence de l’heure le réclame, la survie de la patrie le commande », écrivent les signataires. L’urgence est indéniable. Mais elle ne saurait justifier l’improvisation politique ni la reproduction de mécanismes dont l’inefficacité a été maintes fois démontrée.

Plus que de nouvelles plateformes, commissions ou déclarations, Haïti semble avoir besoin de ruptures claires, de responsabilités assumées, d’un calendrier politique crédible et de mécanismes effectifs de reddition de comptes.

Sans ces éléments, l’« Appel à la responsabilité citoyenne » risque de rejoindre la longue liste de textes solennels restés sans effets concrets, pendant que le pays continue, lui, de s’enfoncer dans une transition sans horizon.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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