Haïti : Des sénateurs américains dénoncent l’envoi de mercenaires privés et la fin du TPS
Dans une lettre adressée aux secrétaires d’État Marco Rubio et à la Sécurité intérieure Kristi Noem, plusieurs sénateurs démocrates, menés par Edward Markey, fustigent le recours à des mercenaires privés américains en Haïti, tout en dénonçant la fin annoncée du Statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants haïtiens. Ils dénoncent une politique incohérente et exigent des réponses avant le 15 août.

Washington, 28 juillet 2025 – La politique américaine envers Haïti continue de diviser à Washington. Dans une lettre officielle datée du 24 juillet 2025, le sénateur Edward J. Markey, appuyé par huit de ses collègues démocrates, dont Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Cory Booker, alerte l’administration sur deux points majeurs : le recours présumé à une société militaire privée pour des opérations en Haïti, et la fin annoncée du TPS pour les Haïtiens vivant aux États-Unis.
« Si Haïti est suffisamment stable pour y mettre fin au TPS, pourquoi des sous-traitants militaires privés s’y préparent à des opérations de combat ? », s’est interrogé le sénateur Markey dans une déclaration publique, qualifiant la position du gouvernement de “contradictoire et dangereuse”.
Un contrat controversé avec une société liée à Erik Prince
Au cœur de la polémique : un contrat que le gouvernement haïtien de transition aurait signé avec une entreprise dirigée par Erik Prince, fondateur de Blackwater Worldwide. Cette société, tristement connue pour le massacre de civils en Irak en 2007, envisagerait d’envoyer environ 150 mercenaires en Haïti, selon une enquête du New York Times. L’objectif serait d’appuyer les forces de l’ordre dans leur lutte contre les gangs armés à Port-au-Prince.
Les sénateurs s’inquiètent de l’impact potentiel de cette initiative sur la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), coordonnée par l’ONU avec l’appui de Washington. Ils évoquent également des violations possibles des lois américaines, notamment la Arms Export Control Act (AECA) et les règlements ITAR, qui régissent strictement l’exportation de services militaires à l’étranger.
Risques légaux et violations des droits humains
Les élus soulignent également le risque de voir les États-Unis enfreindre la Loi Leahy, qui interdit toute assistance sécuritaire à des forces impliquées dans des violations graves des droits humains. La Police nationale haïtienne (PNH), déjà sous surveillance pour de telles allégations, est mentionnée comme acteur potentiel dans cette opération.
Une politique migratoire qualifiée d’« hypocrite »
L’autre volet de la lettre concerne la décision de l’administration Trump de mettre fin au TPS pour les Haïtiens. Bien que reprogrammée pour février 2026, cette mesure est vivement critiquée par les élus. Selon eux, expulser des personnes vers un pays jugé trop instable pour accueillir des réfugiés, tout en y déployant des mercenaires américains, constitue une contradiction « morale et juridique ».
Les sénateurs exigent des réponses écrites d’ici le 15 août sur plusieurs points :
- L’existence de licences valides pour l’exportation de services militaires vers Haïti ;
- Les critères de respect des droits humains appliqués dans l’évaluation de ces contrats ;
- Les liens éventuels entre la PNH et les sociétés militaires privées ;
- Et les justifications de la politique migratoire actuelle envers les ressortissants haïtiens.
Une pression croissante sur l’administration
Dans leur conclusion, les élus préviennent : toute poursuite de cette stratégie pourrait exposer les États-Unis à de graves responsabilités. « On ne peut pas expulser des gens vers une zone de guerre », insiste Edward Markey. À l’approche de la date limite du 15 août, l’administration Trump est désormais sommée de clarifier ses choix dans un dossier mêlant sécurité, migration, droit international et droits humains.
Vant Bèf Info (VBI)
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