Haïti : des filles violées par leurs pères, symptôme d’une société en décomposition

Alors que les violences sexuelles continuent de ravager le pays, une réalité encore plus glaçante frappe la conscience nationale : les cas de viols incestueux, où des pères abusent de leurs propres filles, se multiplient dans plusieurs régions. Longtemps étouffée par le silence, cette horreur devient un signal d’alarme du profond effondrement moral, institutionnel et social d’une nation à la dérive.

Port-au-Prince, 16 novembre 2025._Chaque semaine, de nouveaux témoignages émergent, relayés par certains médias et organisations de défense des droits humains. Les récits se ressemblent tragiquement : une fillette, un père, des abus répétés dans un contexte de misère, d’impunité et d’abandon social.

Souvent, la mère reste silencieuse, par peur, par honte, ou parce qu’elle dépend économiquement de l’agresseur.

Juslène Lormeus, mère de quatre enfants, dont trois filles, raconte sa douleur après que sa fille de 13 ans a été violée à plusieurs reprises par son propre père. Une situation qui bouleverse toute la famille et provoque un profond déséquilibre familial.

“Quand elle m’a confié cela, je ne voulais pas y croire, mais j’ai suivi de près la situation avant de découvrir qu’elle avait réellement été victime d’agressions sexuelles,” révèle-t-elle. Elle ajoute avoir trouvé des morceaux de toile tachés de sang humain dans un coin de la maison, preuves que sa fille avait été violée.

Le père, incapable de fournir des explications, a pris la fuite et n’a plus donné signe de vie depuis. Craignant la réaction du quartier, la mère reste contrainte au silence, mais vit avec une cicatrice qu’elle estime ne jamais pouvoir effacer.

“Je vis dans un quartier où les gens aiment critiquer. J’ai peur que cela devienne un poids pour ma petite fille, surtout que certaines personnes commencent déjà à la juger en lui disant qu’elle a été fragilisée par son père,” confie-t-elle, parlant d’un fardeau lourd à porter.

Le système judiciaire, quant à lui, demeure paralysé : très peu d’affaires aboutissent à des condamnations, et les victimes, stigmatisées et livrées à elles-mêmes, ne trouvent ni écoute ni protection.

Interrogée sur la possibilité de saisir la justice, elle se montre méfiante et critique les autorités judiciaires, estimant que celles-ci manquent de sensibilité à l’égard des plus vulnérables. Elle rappelle un fait similaire où un homme, après avoir violé la fille de sa femme, avait été libéré sans être jugé.

La faillite de l’État et des repères familiaux

Ce phénomène n’est pas marginal. Il révèle la désintégration des structures familiales et l’absence de mécanismes de protection de l’enfance. Les institutions judiciaires, éducatives et sociales manquent cruellement de moyens, de volonté et de coordination. L’État, spectateur impuissant, échoue à assurer le minimum vital : sécurité, justice et dignité.

Une société anesthésiée

Peut-être plus grave encore est l’indifférence collective face à ces drames. Dans un pays rongé par la violence, la corruption et la pauvreté, l’horreur de l’inceste est souvent banalisée, reléguée au rang de faits divers. Mais ces crimes ne sont pas des accidents de parcours : ils constituent des atteintes directes à l’enfance, à la dignité humaine et à l’avenir même du pays.

Face à cette urgence, la mobilisation de toutes les forces vives de la société s’impose : autorités judiciaires, organisations féministes, associations de défense des droits humains, communautés religieuses et société civile. Il faut rompre le silence, protéger les victimes, poursuivre et condamner les agresseurs avec fermeté, mais aussi reconstruire une culture du respect, de l’éducation et de la justice.

Tant que des enfants continueront à être détruits dans le silence des foyers, Haïti restera prisonnière d’un cycle de violence et de désespoir. Rompre ce cycle, c’est redonner un sens à la justice, à la famille et à l’humanité elle-même.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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One comment

  • Esperence Didier

    Men kote demokrasi malfagote yo te pote ban nou an lage nou. N’ap viv nan yon sosyete kounyeya kote yon lè nou sanlè rete nou wè fanmi ap vole sou do fanmi gran jounen nan mitan lari paske fenomèn ” inceste” oubyen nan bon kreyòl ras kabrit oubyen kouwe ( kochon ) lafanmi an pran chè nan peyi-a. Tèlman Ayiti dosye jistis la tounen yon bòlòwòy anpil moun pa menm entèrese ak chimen lajistis tankou dam sa papa pitit la vyole a .

    Sanble fòk mwen ta mete nimewom nan jounal sa yon fason si gen kèk moun ki ta bezwen akonpayman sikolojik nan sikonstans kriz yo , an sikoloji ka dam sa fè pati kriz endividyèl, sim ta rive bay nimewom petèt nou ta tande kèk moun , ba yo premye swen sikolojik.

    Ou tande sa dam nan, manman pitit ki vyole-a deklare sikatris oubyen sekèl sa pap efase , li ka pa efase vre paske le konsa viktim sa yo pa jwenn menm premye swen sikolojik epi vin jwenn si yo pa gen bon fanmi oubyen pwòch ki byen antoure yo . Dam sa k’ap viv nan yon katye ki pa manke analfabèt, enpav , tripotay monchè se vèy li y’ap fè, se yonn nan rezon moun sa wap wè l’ap toujou vle chita poukont li petèt li ka men nan machwè , oubyen ap kriye menm lèw touyel’ li pa di sal genyen paske li pa fè antouraj li konfyans , twòp lang koulèv . ” En psychologie on nous apprend ça .” 😊