Haïti : des camps de déplacés insalubres, véritables usines de fabrication de maladies

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Haïti est plongée dans une crise multidimensionnelle depuis trop longtemps. Dans les centres d’hébergement, les personnes déplacées à cause de la violence armée font face à de graves problèmes de santé. L’insalubrité et l’inaccessibilité à l’eau potable les exposent aux maladies infectieuses, aux épidémies et aux maladies hydriques.

CP: Erickson Alciné/  PIP

Port-au-Prince, le 21 juillet 2024. – À 10 heures ce matin, nous arrivons au lycée Anténor Firmin, situé à avenue Charles Summer à Port-au-Prince. À première vue, des taudis construits avec des draps insalubres et des morceaux de tapis protègent les occupants des rayons ultraviolets.

La froide réalité dans les sites

La situation est lamentable. Dans une partie de la cour du lycée, un tas d’immondices côtoie des eaux stagnantes et puantes, dégageant une odeur nauséabonde. Entre les conditions infrahumaines, la promiscuité et l’absence d’eau potable, la réalité est difficile. Des latrines de fortune insuffisantes ou inappropriées compromettent l’hygiène et l’intimité des occupants, surtout des femmes et des filles, augmentant le risque d’infection et d’autres maladies.

« Nous vivons mal au milieu des déchets. Il n’y a pas d’endroits pour jeter les détritus. La nuit, les moustiques nous apportent leur lot de calvaires », raconte un sinistré.

CP: OCHA

Dans les nombreux camps de la capitale, l’absence de vaccination préalable, la mauvaise hygiène de vie due à l’insalubrité et la contamination de l’eau risquent de conduire à la propagation de maladies hydriques comme le choléra, des lésions cutanées ou d’autres maladies extrêmement contagieuses et dangereuses comme la rougeole, notamment chez les enfants de moins de 5 ans, selon un médecin consulté.

« L’inadéquation des services eau, hygiène et assainissement (WASH) augmente non seulement les risques pour la santé des femmes et des filles, mais elles sont aussi vulnérables au harcèlement, à la violence et aux blessures, avec les conséquences néfastes qui s’ensuivent pour leur santé », explique le Dr Willy Starco.

« Les sites de déplacés sont généralement surpeuplés et débordés, ce qui favorise la transmission des maladies. Les familles vivant dans ces conditions sont confrontées à des risques sanitaires comme le choléra, le paludisme, la malnutrition et le manque d’accès aux soins et à la vaccination », poursuit-il.

Risques énormes d’infection pour les filles et les femmes

Nous avons rencontré Marie (nom d’emprunt), une des premières déplacées. Elle avoue se sentir gênée de devoir s’adapter à cette situation. « Le quotidien est misérable. Les latrines sont inexistantes ou en mauvais état, il manque d’eau traitée, et la précarité des femmes est une menace pour notre santé et celle de centaines d’autres réfugiées dans ces espaces crasseux », confie-t-elle.

Des familles déplacées sont accueillies dans une école du centre de Port-au-Prince, Haïti.

Photo : © IOM/Antoine Lemonnier

« Les toilettes sont défectueuses. Pour se soulager, on doit se rendre aux toilettes publiques qui coûtent 50 gourdes malgré leur piteux état. Nous, les femmes et les filles, n’avons presque plus d’intimité pour nous doucher et nous changer. Nous utilisons n’importe quelle eau », se lamente-t-elle.

Marthe Marie Hyacinthe (nom d’emprunt), infirmière à Médecins Sans Frontières (MSF), confirme que les femmes et les filles encourent le risque de contracter des maladies infectieuses liées aux installations WASH, telles que la diarrhée et les infections cutanées. Elle précise que plusieurs femmes et jeunes filles ont attrapé des infections vaginales non sexuellement transmissibles à cause de l’hygiène insuffisante.

Les maladies d’origine hydrique, l’autre galère

Selon le Dr. Willy Starco, les conséquences du manque d’eau sont bien connues : déshydratations, maladies à transmission féco-orale dites « maladies des mains sales » comme les diarrhées infectieuses, mais aussi maladies dermatologiques (gale) et maladies transmises par les poux et les tiques. Il mentionne également les maladies du péril fécal (eaux souillées, aliments souillés, mains sales) : diarrhées infectieuses, choléra, shigelloses, fièvre typhoïde, hépatites virales A et E, ainsi que la leptospirose.

« Le manque d’accès à l’eau potable et à des installations d’assainissement est étroitement lié à un risque accru de transmission du choléra. Les personnes vivant dans ces bidonvilles urbains et camps sont particulièrement exposées, faute de respect des exigences minimales en matière d’eau potable et d’assainissement », explique-t-il.

La gestion des déchets est inexistante dans les camps de déplacés. Les détritus et les eaux usées jonchent les espaces, créant un environnement propice à la prolifération des moustiques, augmentant ainsi le risque de maladies telles que la filariose, le paludisme, le Zika et d’autres. Bien que l’épidémie de choléra semble sous contrôle, les conditions restent propices à la propagation de la maladie et d’autres maladies telles que la dengue, la tuberculose, la rougeole et la polio.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dénombre environ 600 000 déplacés, dont 80% sont hébergés chez des familles. Ce n’est pas le cas dans la capitale, où le nombre de sites improvisés, notamment des écoles, a augmenté, mettant la santé des déplacés en danger.

Dans un pays où les ressources médicales sont limitées, les déplacés font face à des défis insurmontables. Il est urgent que des mesures soient prises pour améliorer l’accès aux soins de santé et aux médicaments pour les personnes déplacées, soutiennent les professionnels de santé interrogés. Sans cela, de nombreuses vies continueront d’être affectées, voire fauchées, par des maladies pourtant évitables.

Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)