Haïti : blindés transformés en taxis, bateaux surchargés quand l’État abdique face au chaos

L’effondrement de l’autorité étatique en Haïti prend chaque jour des formes plus inquiétantes. Des blindés remis à la Police nationale pour lutter contre le banditisme servent désormais à transporter des civils, du Champ de Mars jusqu’à l’Autorité Portuaire Nationale (APN). Un service qui, loin d’être toujours gratuit, illustre la dérive d’un système où même la fuite devient une faveur négociable.

Port-au-Prince, 13 septembre 2025 —

Des blindés transformés en taxis improvisés

Ces véhicules blindés, censés incarner la force de l’État, sont désormais détournés en moyens de transport. Certains usagers bénéficient de passe-droits, d’autres doivent payer pour accéder à ce service, créant une nouvelle injustice dans une capitale où tout se monnaye.

L’exode par la mer

À l’APN, les files s’allongent chaque jour. Des familles entières cherchent à quitter Port-au-Prince, non pas vers l’étranger, mais vers Miragoâne, Petit-Goâve ou Les Cayes. Par voie terrestre, le trajet est devenu quasi impossible : les gangs armés contrôlent les routes nationales, imposant rançons, enlèvements et exactions.
Les bateaux sont devenus avec tout le risque que cela comporte un autre moyen de transport vers le sud. Mais la traversée a un prix.

Un trafic maritime au coût exorbitant

Sur ces embarcations pouvant transporter jusqu’à 30 véhicules, aucune réglementation n’existe. Les tarifs varient au gré des organisateurs : 500 dollars minimum pour une petite voiture, jusqu’à 2 000 dollars ou plus pour un camion. Les prix ne dépendent pas de la distance, mais de la peur, de l’urgence et du désespoir des voyageurs.

L’État réduit au rôle de spectateur

Cette économie parallèle traduit la débrouillardise d’une population livrée à elle-même, mais aussi l’effondrement de l’autorité publique. Même les blindés, outils stratégiques de la sécurité nationale, échappent à leur mission première.
Pour beaucoup, la survie ne dépend plus des institutions mais de leur propre capacité d’adaptation. La loi se fragmente, la confiance s’érode et le chaos s’organise.

Une capitale à l’abandon

Port-au-Prince n’incarne plus le centre politique d’un État, mais le symbole d’un pays en ruines sociales et institutionnelles. Chaque jour, des blindés transportent des passagers vers l’APN et des bateaux quittent le port avec leurs cargaisons de familles et de véhicules.
Une question demeure : combien de temps encore Haïti pourra-t-elle survivre à sa propre absence de gouvernement ?

Rodchild Jean Michel
Vant bèf Info (VBI)


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