Financement public : l’Université Quisqueya apporte des précisions après la controverse
L’Université Quisqueya (UNIQ) a publié, ce dimanche, une note explicative afin d’apporter des précisions sur le financement accordé par l’État haïtien à l’institution, à la suite de la controverse suscitée par le versement de 150 millions de gourdes.

Port-au-Prince, 8 mars 2026.- Selon l’université, cette somme a été versée par l’État en trois tranches distinctes de 50 millions de gourdes chacune. Dans sa note, l’UNIQ affirme que cet appui financier a été accordé « en toute légalité et transparence », conformément aux dispositions du décret du 11 mars 2020 relatif au fonctionnement et à la modernisation de l’enseignement supérieur en Haïti. L’institution précise notamment que les articles 194 et 195 de ce texte prévoient des mesures incitatives en faveur des institutions privées d’enseignement supérieur et de la recherche.
L’établissement indique également que la demande de financement avait été introduite en décembre 2022, tandis qu’un protocole d’accord a été signé le 20 mai 2025 avec le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF). L’université affirme par ailleurs avoir transmis plusieurs rapports narratifs et financiers relatifs à l’utilisation de ces fonds au cours de l’année 2025.
Dans son explication, l’UNIQ évoque un contexte de grave crise financière. L’institution cite notamment la dépréciation de la gourde, la baisse des inscriptions liée à l’insécurité et à la crise nationale, ainsi que les conséquences du programme migratoire mis en place par l’administration de Joe Biden aux États-Unis. Selon l’université, cette situation aurait entraîné une réduction importante du nombre d’étudiants présents sur le campus.
L’établissement évoque également les attaques de groupes armés dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, notamment à Turgeau et Pacot, qui ont affecté ses activités académiques.
L’université rappelle par ailleurs qu’elle fonctionne comme une institution à but non lucratif reconnue d’utilité publique, précisant qu’elle ne génère ni ne distribue de profits et qu’elle n’appartient ni à ses fondateurs ni à son recteur.
Selon les données avancées par l’UNIQ, le nombre d’étudiants est passé de plus de 3 500 en 2018-2019 à un peu plus de 850 récemment, tandis que les revenus issus des frais de scolarité ont chuté d’environ 4,3 millions de dollars à moins de 600 000 dollars. Dans ce contexte, l’institution estime avoir été en droit de solliciter un soutien public, une pratique qui existe, selon elle, dans plusieurs démocraties où des établissements privés d’enseignement supérieur bénéficient d’appuis publics, notamment en période de crise.
L’université appelle ainsi à l’ouverture d’un débat national sur la gouvernance et le financement de l’enseignement supérieur privé en Haïti afin d’éviter, à l’avenir, ce type de malentendus.
Cependant, la question suscite des critiques dans certains milieux universitaires. Des étudiants de l’Université d’État d’Haïti (UEH) dénoncent le fait que l’État consacre des ressources importantes à une institution privée alors que l’université publique fait face à de graves difficultés. Plusieurs entités de l’UEH fonctionnent en effet dans des conditions précaires, marquées par un manque d’infrastructures, de professeurs et d’espaces adaptés à l’enseignement.
Dans ce contexte, certains étudiants appellent les autorités universitaires et les institutions concernées à prendre des mesures pour garantir la continuité et la qualité de l’enseignement supérieur public.
Cette situation intervient également après la décision de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Antoine Augustin, de mettre fin au contrat liant le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) à l’École Normale Supérieure (ENS), une décision qui avait provoqué des tensions et des manifestations au sein de cette entité de l’UEH.
Wilda Dénestant
Vant Bèf Info (VBI)
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