Drones kamikazes : nouvelle arme contre l’insécurité ou simple coup d’éclat ?

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Lancée dans une tentative spectaculaire de reprise du territoire, l’utilisation de drones explosifs par les autorités haïtiennes suscite à la fois espoir et inquiétude. Un mois après leur première apparition, ces engins volants n’ont pas encore réussi à inverser la spirale de la violence.

Port-au-Prince, le 4 avril 2025 – Un fracas métallique a déchiré le ciel de Delmas 6, le samedi 1er mars. Pour la première fois en Haïti, des drones explosifs ont été utilisés dans une opération contre des gangs lourdement armés, notamment dans des bastions comme Wharf Jérémie et Bel-Air. L’intervention, coordonnée par un task force piloté par la Primature et le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a tué au moins 20 personnes, blessé une trentaine d’autres, et laissé la population dans l’expectative.

Un mois plus tard, le bilan reste flou. Selon le militant des droits humains Pierre Espérance, « environ 16 personnes ont été atteintes dans le fief du chef de gang Jimmy Chérizier, alias Barbecue », sans qu’on sache clairement si des civils figurent parmi les victimes.

Une offensive discrète mais controversée

Depuis cette première frappe, au moins cinq autres attaques de drones auraient été recensées dans l’aire métropolitaine, notamment à Fouchard, Bas Delmas et Village-de-Dieu. Plusieurs dizaines de membres de gangs auraient été tués ou blessés, mais aucun chef majeur n’a été capturé. Pour beaucoup, les résultats sont loin des attentes.

« Aucun gros poisson n’a été touché », confie un responsable sécuritaire sous couvert d’anonymat. La stratégie, bien que technologiquement inédite en Haïti, peine à convaincre. L’opacité autour de l’identité des opérateurs de drones et l’absence de coordination avec la Police Nationale d’Haïti (PNH) alimentent les doutes.

Une police mise à l’écart

Le malaise est palpable entre les différentes institutions de l’État. Lors d’un Conseil Supérieur de la Police Nationale, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait présenté un prototype de drone destiné à la PNH. Mais dès le lendemain, la direction de la police a démenti toute réception de tels équipements.

Cette cacophonie révèle un bras de fer entre la Primature et la PNH, rendant toute réponse cohérente impossible. Résultat : des pans entiers du territoire – Mirebalais, Saut-d’Eau, Bas-Artibonite – échappent encore au contrôle de l’État.

Le gouvernement en mode réaction

Sous pression, le CPT a adopté, le 3 avril, une résolution intégrant officiellement la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP) dans la lutte contre les gangs, aux côtés de la PNH et des Forces Armées d’Haïti. Mais cette annonce semble davantage répondre à l’urgence politique qu’à une stratégie bien rodée. Le gouvernement reste embourbé dans ses divisions internes.

Pendant ce temps, la population continue de vivre au rythme des rafales et des rumeurs. Les drones, qui devaient incarner une nouvelle ère de sécurité, semblent aujourd’hui n’être qu’un feu de paille dans une guerre d’ombres.

Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)

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