Budget de guerre : les frustrations des citoyens face au gaspillage des fonds de la sécurité

Malgré les milliards injectés pour renforcer la sécurité, la PNH peine à en faire sentir les effets. Des millions de dollars dorment toujours dans les caisses de l’État.

Port -au-Prince, le 4 novembre 2025._
Alors que l’insécurité continue de ravager le pays, des dizaines de millions de dollars alloués à la Police nationale d’Haïti (PNH) restent sans effet tangible. Ce paradoxe, au cœur du budget de guerre adopté en avril 2025, alimente une frustration croissante parmi la population, qui y voit un gâchis inacceptable de l’argent public en pleine urgence nationale.

D’un montant total de 323,4 milliards de gourdes (soit environ 275 millions de dollars américains), ce budget visait à doter la PNH et les Forces armées d’Haïti (FADH) de moyens accrus pour contrer la violence des gangs. Environ 37 % de l’enveloppe devait être consacrée à la sécurité publique.
Pourtant, selon des sources fiables, entre 26 et 29 millions de dollars américains prévus pour la PNH n’ont toujours pas été utilisés. Cet argent, censé renforcer les opérations sur le terrain, n’a produit aucun impact visible, tandis que les citoyens continuent de subir le poids de la crise sécuritaire.

Un problème de gouvernance, pas de moyens

Pour l’économiste Kesner Pharel, invité à Panel Magik le 8 août dernier, « ce n’est pas un problème de ressources, mais de gouvernance et de capacité d’exécution ».
Selon lui, l’État peine à débloquer et gérer efficacement les fonds en raison de la lenteur des procédures administratives, des obstacles dans la passation des marchés publics et du manque de capacité logistique.

L’analyse de l’exécution budgétaire révèle un déséquilibre flagrant entre les dépenses courantes et les investissements. Si la masse salariale affiche un taux d’exécution de 68 %, garantissant le paiement des fonctionnaires, les dépenses d’investissement plafonnent à 26 %.
Ces dépenses, pourtant cruciales pour acheter des équipements, renforcer les infrastructures et améliorer la logistique policière, demeurent le talon d’Achille du système.

Un sentiment de trahison chez les citoyens

Face à ce blocage financier, les citoyens expriment une colère légitime. En pleine crise humanitaire et sécuritaire, laisser dormir des dizaines de millions de dollars destinés à la protection de la population est perçu comme une faute morale grave.

Le discours officiel sur le « manque de moyens » de la PNH apparaît désormais vidé de sens.
La découverte de ces fonds non décaissés déplace la responsabilité vers la mauvaise gestion et la bureaucratie, plutôt que vers un manque de ressources financières.

« Ce n’est pas possible que ces fonds ne soient pas utilisés pour des résultats concrets sur le plan sécuritaire. Il faut que la lumière soit faite sur leur décaissement », déclare un observateur de la société civile.

Un gâchis national et un déficit de reddition de comptes

L’échec à exécuter le budget de guerre représente, pour de nombreux citoyens, une occasion manquée de redresser la situation sécuritaire.
Il met aussi en lumière l’absence de reddition de comptes et de compétence au sein des institutions étatiques. Tant que ces problèmes structurels persisteront, le renforcement de la sécurité restera un vœu pieux.

Le cas des fonds bloqués à la PNH illustre douloureusement l’écart entre la volonté politique affichée et la réalité bureaucratique paralysante.
Et tant que cette inertie perdurera, la colère populaire continuera de gronder, alimentée par le sentiment d’un gaspillage d’argent public en pleine urgence nationale.

Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)


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