Acculturation alimentaire : une menace pour l’âme et le corps social haïtien
La cuisine haïtienne fait face à une transformation inquiétante. Les fast-foods, boissons sucrées et aliments ultratransformés s’imposent progressivement dans les habitudes alimentaires, reléguant fruits, légumes et plats traditionnels au second plan. Une évolution qui inquiète autant sur le plan sanitaire que culturel, économique et environnemental.

Une bombe sanitaire
Port-au-Prince, 17 septembre 2025.- Un rapport de l’UNICEF publié le 10 septembre indique que l’obésité est aujourd’hui la forme de malnutrition la plus répandue dans le monde, touchant un enfant sur dix. En Haïti, la Fondation internationale du diabète estime à plus de 541 800 le nombre d’adultes diabétiques, âgés de 20 à 79 ans. Hypertension, cholestérol et surpoids explosent, alimentés par une consommation excessive de graisses, de sucres et de sels, caractéristiques des fast-foods.
Un effritement culturel
Pour Berrouet Durand, fondateur de l’Alliance culturelle haïtienne, voir le burger remplacer le « wayal », la pizza supplanter le « pâté kòde » ou les corn flakes s’imposer face au maïs et à l’akasan, c’est « détruire notre moteur culturel ». La cheffe Widza Gustin rappelle de son côté que « la cuisine est au cœur de l’identité », citant l’inscription de la soupe joumou au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2021 comme symbole de cette fierté collective.
Un frein économique et un fardeau environnemental
Cette mutation fragilise également l’agriculture locale. Selon Yves Deslouches, de la Direction de la Promotion des Investissements, la dépendance alimentaire, estimée à 200 millions de dollars d’importations annuelles, est « une anomalie dans un pays doté de terres fertiles ». Les paysans se retrouvent découragés et la pauvreté aggravée. Sur le plan écologique, les emballages plastiques et canettes envahissent l’espace public, alors que les déchets issus de la production locale peuvent être recyclés ou servir d’engrais. La BID rappelle que seulement 12 % des déchets solides sont collectés en Haïti.
Un choix de société
Si l’innovation et la modernité sont nécessaires, elles ne doivent pas effacer la mémoire collective. Le Mexique, où les produits ultratransformés représentent 40 % de l’apport calorique quotidien des enfants, a interdit leur vente et leur distribution. En Haïti, experts et autorités plaident pour une modernisation de l’agriculture, seule voie vers une croissance durable et respectueuse de l’identité nationale.
Sarah Germain
Vant Bèf Info (VBI)
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