Élection : le processus avance, l’épreuve du terrain commence

Par Wandy CHARLES

À quatre mois du premier tour fixé au 13 décembre 2026, la machine électorale haïtienne commence enfin à tourner. Après l’enregistrement des partis et des groupements politiques, le Conseil électoral provisoire (CEP) doit boucler, ce vendredi 14 août, l’étape des regroupements. Dès le 20 août, l’ouverture des candidatures à la présidentielle et aux législatives devrait faire émerger les principaux prétendants. Sur le papier, le processus avance. Sur le terrain, l’essentiel reste à accomplir.

Depuis plusieurs semaines, les étapes s’enchaînent. Les organisations politiques se structurent, l’inscription des électeurs se poursuit et, depuis le 11 août, le CEP a lancé le processus d’accréditation des observateurs électoraux et des journalistes. Autant de signaux qui montrent que les élections quittent progressivement le registre de la promesse pour entrer dans celui de l’organisation concrète. Mais à mesure que le 13 décembre approche, une question devient incontournable : le calendrier électoral peut-il résister à la réalité haïtienne ?

Jusqu’ici, la bataille s’est surtout jouée autour des partis, des groupements et des alliances. Mais leur nombre ne dit pas grand-chose de leur véritable poids politique. Une coalition peut réunir plusieurs formations et rester pratiquement inexistante sur le terrain. Une autre, moins imposante administrativement, peut disposer d’un véritable ancrage territorial et d’une personnalité capable de mobiliser au-delà de son propre camp. L’ouverture des candidatures, le 20 août, constituera donc un premier révélateur. Les ambitions présidentielles devront sortir de l’ombre. Les alliances devront choisir leurs candidats. Les compromis négociés dans les coulisses seront confrontés aux ambitions individuelles. C’est à ce moment que certaines coalitions montreront leur solidité et que d’autres pourraient commencer à se fissurer.

La question ne sera plus seulement : combien de partis composent une alliance ? Mais plutôt : qui représente-t-elle, où est-elle implantée et qui peut-elle réellement mobiliser ?

Le véritable adversaire reste l’insécurité. Toutefois, la principale épreuve ne se jouera pas dans les bureaux du CEP ni dans les états-majors politiques. Elle se jouera sur le terrain. Le CEP le reconnaît lui-même : le respect du calendrier reste conditionné à un climat sécuritaire acceptable et à la disponibilité des ressources financières. Car organiser une élection ne consiste pas simplement à enregistrer des candidats et à imprimer des bulletins. Il faut permettre aux candidats de circuler, de faire campagne et d’organiser des rassemblements. Il faut déployer les agents électoraux, transporter le matériel, ouvrir et sécuriser les centres de vote, puis acheminer les procès-verbaux. Dans les territoires sous l’influence des groupes armés, chacune de ces opérations peut devenir une épreuve.

C’est ici que la responsabilité du gouvernement devient déterminante. Le CEP peut administrer les élections ; il ne peut pas, à lui seul, restaurer l’autorité de l’État. Une élection annoncée comme nationale ne pourra être crédible si des candidats ne peuvent accéder à certaines zones ou si une partie des citoyens est empêchée de voter en raison de l’insécurité. Un scrutin national sur le papier mais territorialement amputé poserait immédiatement un problème de légitimité.

Voter ne suffira pas. Après près d’une décennie sans élections nationales, Haïti n’a pas seulement besoin d’organiser un scrutin. Elle a besoin d’un scrutin capable de produire une légitimité politique. C’est toute la différence. Si des territoires restent exclus, si des citoyens déplacés ne peuvent participer, si la campagne n’est pas suffisamment libre ou si les résultats ne sont pas transparents, les élections pourraient déplacer la crise plutôt que la résoudre. L’accréditation des observateurs et des journalistes prend ici toute son importance. La transparence doit accompagner l’ensemble du processus : inscription des électeurs, candidatures, financement, campagne, vote, dépouillement, transmission des résultats et contentieux.

Le compte à rebours a donc véritablement commencé. Le CEP a enclenché la mécanique. Les partis se positionnent. Les candidats vont bientôt apparaître. Mais les prochaines semaines diront si le pays réel peut suivre le calendrier institutionnel. Le 13 décembre ne devra pas seulement être une date respectée. Il devra être un rendez-vous crédible avec les urnes. Car le véritable succès ne sera pas simplement d’organiser des élections, mais de permettre aux Haïtiens de choisir réellement, librement et sur l’ensemble du territoire, ceux qui exerceront le pouvoir.

Vant Bef Info (VBI)


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