12 janvier 2010 : le jour qui ne finit jamais… 16 ans après

Seize ans ont passé, mais pour beaucoup d’Haïtiens, le 12 janvier 2010 n’a jamais pris fin. Chaque année, à la même date, la terre ne tremble peut-être plus, mais les cœurs, eux, restent ébranlés.

CP : ieim .uqam .ca

Port-au-Prince, le 12 janvier 2026. Dans les camps de déplacés restés à moitié debout, dans les hôpitaux publics surchargés, dans les écoles reconstruites à la va-vite, les souvenirs se répètent en boucle. Les cris, la poussière, les bras tendus sous les décombres. Et les silences.

« J’ai perdu mes deux filles dans l’effondrement de l’école », murmure Manoucheka, 43 ans, vendeuse à Delmas. « J’étais en route pour les chercher. Cinq minutes plus tôt, elles seraient encore là. »

Pour les secouristes, le traumatisme est tout aussi vif. Jean-Wilfrid, ancien pompier volontaire au Bicentenaire, se souvient : « On creusait à mains nues. On entendait des voix. Mais on n’avait ni matériel ni coordination. Il fallait choisir qui sauver. »

À l’époque, la solidarité avait jailli de partout. Mais seize ans plus tard, le goût amer de l’abandon reste présent. « L’aide est venue, oui. Mais mal distribuée. Gaspillée, dilapidée. Et les plus pauvres sont restés dans les tentes », confie un ancien médecin de MSF qui intervenait alors à l’Hôpital de l’Université d’État.

Jacques, journaliste à l’époque, garde une voix grave quand il raconte : « On couvrait la catastrophe tout en ayant perdu de la famille, des collègues, des maisons. Il fallait parler, mais nous aussi on saignait. »

Le 12 janvier, ce n’est pas qu’un souvenir de séisme. C’est un tournant dans l’histoire d’Haïti. Un basculement. Un moment où l’État s’est effondré, au sens propre comme au figuré. Et où la société a dû se réinventer sans réelle réparation.

Psychologiquement, les séquelles sont encore vives. Selon plusieurs spécialistes, dont la psychologue Mona Jean-Baptiste, les troubles post-traumatiques persistent. « Il y a des cauchemars récurrents, des troubles de la concentration, des crises d’angoisse. Et un sentiment de culpabilité chez ceux qui ont survécu. »

Aujourd’hui encore, certains rescapés expriment un désir de mourir. Non par faiblesse, mais par épuisement intérieur, souvent non pris en charge. Dans les camps, on trouve des jeunes qui disent : « pito m te mouri jou sa a. Tout sa n ap viv la pa gen sans.

Seize ans après, il ne s’agit pas seulement de commémorer. Il s’agit de reconnaître que cette douleur collective n’a pas été pleinement entendue ni guérie. Le séisme a pris des vies. Mais l’après-séisme a continué à en briser d’autres.

Ce jour-là, Haïti a perdu plus que des bâtiments. Elle a perdu une partie de sa mémoire, de son espoir, de sa voix. Et aujourd’hui encore, malgré les mots, les reportages, les monuments, beaucoup n’arrivent toujours pas à nommer ce qu’ils ont vécu. Parce qu’au fond, le 12 janvier 2010 ne s’est jamais vraiment terminé.

Sarah-Lys Jules

Vant Bèf Info (VBI)


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